Qu’est-ce qu’un jeu naturel ?

Suzanne Gervais 24/04/2019
Trois interprètes répondent.

Jean-François Madeuf, trompettiste

« Je joue surtout de la trompette naturelle, un instrument de conception assez simple, sans coulisse, trou ni piston pour changer de note et qui ne peut émettre que des harmoniques naturelles. Les musiciens qui se mettent à la musique ancienne sont souvent en quête d’un jeu naturel. Un jeu naturel est celui qui respecte la physiologie du corps. Chez les souffleurs, l’inspiration doit être le plus naturelle possible : la même que notre respiration abdominale de tous les jours, celle qui sert à nous oxygéner. Pour l’expiration, les choses se compliquent, car nous devons créer une pression d’air importante, ce qui n’est pas naturel du tout. Une tension est donc inévitable, mais il faut veiller à éviter les crispations. Pour ce qui est du masque facial de l’instrumentiste à cuivre – c’est-à-dire les multiples muscles de la face et de la bouche qui se coordonnent pour produire une vibration des lèvres –, il faut qu’il soit le plus équilibré possible pour ne pas abîmer les muscles les plus fragiles (ceux des lèvres) au bout de quelques années de pratique. »

Sabine Devieilhe, soprano

« Le chant naturel est un peu le graal ! Je le définis comme un chant libre de toute tension, qui ne soit pas outré. La maîtrise technique doit permettre le lâcher-prise une fois sur scène, afin que le chanteur puisse se concentrer sur le jeu théâtral. Depuis mes années d’études et le début de ma vie professionnelle, je suis particulièrement attentive à l’évolution naturelle de mon instrument. »

Christophe Coin, violoncelliste

« Le jeu naturel réside dans un phrasé qui soit le plus proche possible de la voix humaine. Il faut s’inspirer des chanteurs, essayer de retranscrire le naturel de la voix. Je conseille de les écouter, beaucoup, et de lire le traité de chant de Manuel Garcia, le père de Maria Malibran et de Pauline Viardot. Un phrasé naturel, ce sont des déplacements sur la touche de l’instrument, des démanchés et un portamento qui se rapprochent du bel canto. Le naturel réside dans l’acquisition de ces gestes, mais aussi dans la prise en compte de la morphologie. Chez les Tziganes roumains, ce sont les grands-mères qui décident de l’instrument que va jouer l’enfant : elles l’observent, regardent ses mains. Nous ne tenons pas assez compte de la morphologie, aujourd’hui. Ni dans l’apprentissage, ni dans la lutherie, qui s’est énormément standardisée au début du 19e siècle. Auparavant, les luthiers travaillaient au cas par cas. »

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