Debussy, un compositeur politique ?

Antoine Pecqueur 07/02/2018
On a rarement vu autant de personnalités politiques assister à un récital de piano ! C’était le 19 janvier dernier à la Philharmonie de Paris : le président Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi les ministres Bruno Le Maire et Françoise Nyssen écoutaient attentivement le pianiste Daniel Barenboïm.
En pleine polémique sur le statut de Jérusalem, certains pourront y voir un geste symbolique : le musicien aux trois passeports (argentin, israélien et un passeport honorifique palestinien) a toujours milité pour la création d’un état palestinien.
Mais surtout, si le concert du 19 janvier dernier avait un sens tout particulier, c’est parce qu’il marquait l’ouverture des commémorations du centenaire de la disparition de Claude Debussy. Daniel Barenboïm avait ainsi choisi de jouer le premier livre des Préludes. Tout au long de l’année vont se succéder différents événements, avec un pic le 25 mars, jour anniversaire. Au programme, entre autres, une nuit blanche organisée au ministère de la Culture, avec les étudiants du Conservatoire, un “Debussy Day”, marathon de plusieurs concerts à la salle Cortot…
Le pilotage de l’année Debussy a été confié à notre confrère Bertrand Dermoncourt, qui privilégiera deux axes : l’éducation et le numérique. Actions pédagogiques d’un côté et base de données de l’autre. Sans oublier le projet de création d’un festival à Saint-Germain-en-Laye, ville natale de Debussy. Un rattrapage salutaire, quand on voit encore le désintérêt cette année de nombreux orchestres français pour ce compositeur, alors que cette même saison, l’Orchestre symphonique de Londres et l’Orchestre de Birmingham consacrent des cycles entiers à l’auteur de La Mer – preuve une fois de plus de l’amour des interprètes anglais pour notre répertoire.
Si Emmanuel Macron a souhaité lui-même mettre l’accent sur Debussy, c’est aussi pour ses résonances politiques. On ne s’attardera pas sur la période où le compositeur était surnommé “Claude de France”, défendant un nationalisme musical parfois ambigu. Mais à bien d’autres moments de sa vie, Debussy avait au contraire l’oreille ouverte sur le monde. Jeune compositeur, il était fasciné par l’Allemagne et Wagner, notamment le souffle de Tannhäuser. Et en même temps, l’Asie l’ensorcelait, tant par ses sonorités que par ses peintures : la vague d’Hokusai illustre, rappelons-le, la partition originale de La Mer. Un prélude à la mondialisation ? Davantage une conscience des spécificités locales au service d’une démarche artistique totale.

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