La réponse de Didier Lockwood

16/04/2012
A quel moment dans ce rapport est-il dit qu’il fallait faire passer les musiques populaires avant la musique classique dans les conservatoires ? Ce commentaire prouve l’urgence de devoir changer les choses. J’ai du mal à comprendre comment La Lettre du Musicien peut publier ce genre de propos qui est à la limite diffamatoire lorsque cette personne [Christian Lorandin, NDLR] parle du coût des stages de notre école, le CMDL. Si il y a de plus en plus d’écoles de musique privées, c’est que les conservatoires et l’enseignement public de la musique ne remplissent plus leur mission. D’ailleurs j’invite cette personne à venir suivre dans notre école quelques cours pour qu’il comprenne que le swing et le groove s’apprennent ainsi que l’improvisation, tout comme y sont venus avec grande humilité de prodigieux interprètes classiques tels que Maxim Vengerov, Patricia Petitbon, Gilles Apap, mais aussi, juste avant son décès, Sir Yehudi Menuhin qui est venu assister à notre toute première académie de Calais (vous pouvez voir un petit film sur mon site ou Facebook à ce propos). Oui il y a tout autant de science dans les musiques actuelles et improvisées que dans la musique dite savante, elle ne sont pas les mêmes, mais elles sont complémentaires. Mais cela semble échapper complètement à ce monsieur comme à ceux qui n’ont jamais pratiqué ou qui n’ont pas été formés à ce type de musique. Et comme très souvent lorsque l’on ne connaît pas, on méprise.

Je ne vais pas perdre davantage mon temps à vous répondre, je suis en tournée avec le grand guitariste de jazz Mike Stern (avec lequel je travaille avant chaque concert les partitas de Bach qu’il connaît par cœur) à travers l’Europe et profite des voyages pour écrire un troisième concerto de violon que je dois interpréter dans quelques mois avec le très bel Orchestre philharmonique de Géorgie. Je terminerai donc par vous dire que vos propos sont une insulte à tous les membres éminents de notre mission qui ont contribué à l’élaboration de ce rapport (comme moi-même à titre bénévole), mais aussi à Louis Armstrong, Count Basie, Duke Ellington. Miles Davis, Jimi Hendrix, John Coltrane, Frank Zappa, Keith Jarrett, Pat Metheny, Stéphane Grappelli, Django Reinhardt, Bill Evans qui, tout comme Quincy Jones, est venu en France prendre des cours avec Nadia Boulanger, aux Beatles, à la musique africaine, à Ravi Shankar, à Sting, Peter Gabriel, Cecil Taylor, mais encore à Ravel, Stravin-sky, Bach, Bartok, Gershwin, Bernstein, Glenn Gould, Isaac Perlman qui m’a personnellement soutenu dans ma démarche pédagogique, et tant d’autres...
A moins que cette personne se situe bien au- dessus de ces artistes, on ne sait jamais là où la frustration peut nous mener...
Didier Lockwood

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M. Lockwood nous dit que de grands interprètes sont venus dans son école, mais ce n’est pas là qu’ils ont appris à devenir de grands interprètes. Or le rapport s’intéresse aux élèves de conservatoires et il y est dit que seul environ 1 ou 2 % de jeunes embrasseront la carrière de musicien. On sait que Menuhin s’intéressait à toutes sortes de musique, mais surtout qu’il avait créé une école d’élite de la musique classique à Cobham où exerçaient Gendron, Ciampi, Nadia Boulanger...
On connaît tous l’intérêt de Ravel, Stravinsky et de bien d’autres compositeurs et interprètes pour le jazz, qui est une grande discipline musicale, mais encore une fois ce qui est contenu dans le rapport est, dans le fond et la forme, bien plus inquiétant que ce qui est dit dans cette réponse.
La réaction de M. Lockwood qui prend prétexte de sa carrière pour éluder une bonne discussion de fond ne le place pas, je trouve, dans une bonne posture.
Et le fait d’affirmer que les conservatoires ne remplissent pas leur mission est, de sa part, un argument à mon avis très dangereux.
Christian Lorandin

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