Daniel Gardiole, de La Courneuve aux salles de concerts

Agé de 25 ans, le pianiste d’origine antillaise Daniel Gardiole a grandi à La Courneuve. Il publie aujourd’hui son premier CD. Un parcours exemplaire.

« Un poulailler, où l’on vit coupé du reste du monde », c’est ainsi que Daniel Gardiole décrit la cité des 4 000 à La Courneuve (93). Il commence l’étude du piano à l’âge de 8 ans : « Mes parents m’ont inscrit avec mes sœurs au conservatoire et au sport car c’était un moyen pour nous éviter de traîner dans la rue. » La passion de la musique le gagne rapidement : « Mon professeur m’a transmis son amour de la musique. Très rapidement, la musique est devenue une sorte d’échappatoire vis-à-vis de la réalité. »
Contrairement à l’idée reçue sur les relations des musiciens avec leur voisinage, ses voisins l’ont toujours encouragé : « Le dimanche, je travaillais mon piano, et comme les immeubles ne sont pas insonorisés, toute la cité m’entendait jouer. Il n’y a jamais eu de problèmes ou de moqueries ; au contraire, les gens m’ont toujours regardé avec bienveillance. » Après avoir obtenu son DEM au conservatoire d’Aubervilliers-La Courneuve, il passe un an à l’Ecole normale de musique de Paris puis entre en cycle supérieur au CRR de Paris. « Je suis parti du principe que je n’avais rien à prouver parce que je venais de La Courneuve. La seule différence que j’ai eue avec des élèves issus de familles plus favorisées, c’est que je n’ai pas pu faire de stages pendant l’été. »

Le problème de la diversité ne vient pas de l’éducation, mais de l’information


Concernant les préjugés, Daniel Gardiole avoue en souffrir encore : « Quand je vais à des concerts, je me rends compte que je suis pratiquement la seule personne de couleur dans la salle. Il y a même parfois des regards insistants. Je pense que le problème de la diversité ne vient pas de l’éducation, mais de l’information. La majorité des parents ne savent pas qu’ils peuvent mettre leurs enfants au conservatoire. Certains parents ne parlent même pas français. Ils pensent que le conservatoire est réservé à un certain type de classe sociale. » A 25 ans, Daniel Gardiole fait paraître chez Algarade son premier disque consacré au pianiste Paul Loyonnet (1889-1988), créateur d’œuvres de Durosoir et d’Ibert. « Je me suis un peu reconnu dans son parcours : Loyonnet venait d’un milieu modeste et aimait se battre pour faire découvrir les répertoires de son époque », un projet audacieux pour un premier disque qu’il résume en une formule : « Je tenais à faire autre chose. »
Propos recueillis par Laurent Vilarem

Daniel Gardiole jouera Aube d’été de Durosoir et les Klavierstücke de Brahms à L’Européen (Paris 17e) le 5 juin à 20 h 30. Un concert précédé, à 19 h, d’un débat sur l’évolution de la facture instrumentale de piano, avec Stephen Paulello, facteur du piano SP2987 sur lequel jouera Daniel Gardiole.

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