Le Ring fait son festival à l’Opéra Bastille

Nicolas Darras 28/06/2013
C’était l’événement phare du mandat de Nicolas Joel et une sorte de point culminant parisien des célébrations du bicentenaire de Wagner : l’Opéra de Paris reprenait, pour la première fois depuis 1957, l’intégralité du Ring dans sa chronologie, sous la forme d’un festival (étendu néanmoins sur une période de dix jours). 

Philippe Jordan à l’Opéra Bastille (JF Leclercq/Opéra de Paris)
 
La production de Günter Kramer avait déjà été donnée, opéra par opéra, depuis 2010, et le metteur en scène avait du revoir en partie sa copie après avoir été vivement critiqué par la critique et hué par le public. 
Quels que soient les faiblesses ou les manques de son travail, celui-ci gagnait certainement à être appréhendé dans sa globalité: on pouvait ainsi y déceler un réel équilibre entre la cohérence nécessaire dans l’interprétation du cycle (l’eau et le feu sobrement illustrés par des panneaux vidéos, l’utilisation d’un gigantesque miroir reflétant la scène, la présence symbolique d’une mappemonde, annoncée dans L’Or du Rhin et retrouvée dans Le Crépuscule) et la caractérisation de chaque opéra en particulier, guidant ainsi le spectateur parmi le foisonnement dramaturgique de cette œuvre gigantesque.
Malgré cette qualité essentielle, et quelques belles idées scéniques, on regrette tout de même la présence d’automatismes académiques de l’opéra contemporain (les géants sont des terroristes dont les slogans inondent la salle, les Walkyries des infirmières lavant des corps nus, Siegfried a des dreadlocks et fume des joints, le Walhalla est Germania, pays rêvé d’Hitler…) qui ne sont ni choquants ni utiles. Surtout, il est dommage qu’en choisissant de présenter un Ring volontairement humain, terrestre, bourgeois (aux costumes oscillant entre 19e et 20e siècle), Kramer se prive ainsi  de toute une part métaphysique, légendaire, de ce drame, sacrifiant fatalement des moments sublimes comme l’Entrée des dieux au Walhalla ou encore l’incendie du Crépuscule
En ce qui concerne la direction musicale, Philippe Jordan a prouvé une fois de plus son incroyable maîtrise, dirigeant ces seize heures de musique par cœur (!), ravissant tout autant le public que les musiciens et les chanteurs, qui ne tarissent pas d’éloge sur la technique impeccable et le sang froid de ce jeune grand chef. Il tira en effet de l’orchestre de l’Opéra des trésors de sonorités wagnériennes sublimes, mariant à merveille la clarté de l’interprétation française et la générosité du son allemand. Il semble toutefois que certaines progressions dramatiques à grande échelle, et notamment les immenses crescendos que sont certaines fins d’actes, n’aient pas atteint leur intensité maximale, peut être à cause d’une certaine brusquerie dans les changements de tempos.
Malgré ce bémol, cette expérience du Ring est une réussite musicale indéniable pour l’orchestre et son chef qui en sortent comme liés par un pacte sacré, promettant d’ailleurs de grandes émotions pour le Tristan annoncé la saison prochaine. (18 au 26 juin)
Nicolas Darras

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