Elektra à l’Opéra Bastille

Nicolas Darras 30/10/2013
Cette Elektra de Richard Strauss par l’Opéra de Paris avait fort à faire : le même opéra présenté en juillet à Aix par Patrice Chéreau avait marqué durablement critique et public, et la disparition toute récente du géant de la mise en scène avait encore ravivé le souvenir de son dernier spectacle. Il serait cependant injuste de comparer sans cesse avec l’incomparable, et de ne pas apprécier pour elles-mêmes les grandes qualités de cette nouvelle production.

Irene Theorin et Waltraud Meier (Ch. Duprat/Opéra de Paris)


Robert Carsen signe une mise en scène angoissante dans sa grande sobriété, tant du point de vue des décors (huis clos de murs lisses, sol en terre meuble, tombe béante au milieu de la scène) que des costumes, noirs pour tout le monde sauf pour le couple Egisthe-Clytemnestre, dont la honte se matérialise paradoxalement par le blanc éclatant de leurs habits. La présence d’un véritable chœur de tragédie antique est efficace, et donne lieu à quelques saisissants effets chorégraphiques, mais finit par lasser car il lui manque une véritable présence musicale : peut-on réellement greffer un chœur à un opéra qui n’en prévoit pas ? A double tranchant aussi, le statisme de cette mise en scène : s’il contribue à créer une atmosphère sombre et étouffante, il nuit par ailleurs à certains moments de l’opéra, comme l’ivresse finale, dont la danse reste d’une immobilité assez regrettable.
Ce spectacle atteint tout de même l’essentiel : camper des personnages caractérisés et vivants, tous incarnés avec justesse par une distribution de haute volée, dominée dans le rôle-titre par une Irene Theorin impressionnante de puissance, manquant peut être un peu d’ambiguïté face aux très bons seconds rôles : la Clytemnestre subtile, parfaitement musicale de Waltraud Meier, l’Oreste simple et émouvant d’Evgeny Nikitin, et surtout la Chrysothémis pleine d’énergie et d’humanité de Ricarda Merbeth, véritable révélation de cette soirée.
Dans la fosse, Philippe Jordan enflamme l’Orchestre de l’Opéra, aussi à l’aise dans la violence débridée du début que dans le lyrisme lumineux de la Scène de la reconnaissance, réussissant à concilier le soin du détail avec le vaste flux de la narration, grâce à une gradation sonore magistrale, colonne vertébrale d’une production qui réussit en définitive à relever le gigantesque défi que constitue le chef d’œuvre de Strauss et Hoffmansthal, sans inspiration géniale mais avec souffle et rigueur. (27 novembre)
Nicolas Darras
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