Prades joue Vienne aux Champs-Elysées

Olivier Duchesne 08/03/2016
Pour sa première soirée parisienne de la saison, le directeur artistique du Festival de Prades, Michel Lethiec, avait réuni le quatuor Talich et Gary Hoffman pour offrir cette “Soirée viennoise” dédiée aux derniers chefs-d’œuvre de Schubert et Brahms.
 
Unique mouvement d’une œuvre que Schubert ne devait jamais achever, le célèbre Quartettsatz D 703 s’ouvre Allegro Assai sur une sorte de frissonnement tragique en do mineur. Des frictions, des frottements bientôt suivis d’envolées résolues, mais désespérées du premier violon, des demi-tons, des chromatismes, un parcours tonal intranquille et surtout, ces contrastes entre la basse (Petr Prause) et l’extrême aigu du soliste (Jan Talich) qu’accuse d’autant l’agitation permanente, volontairement brouillonne entretenue dans la zone médiane (Roman Patocka, second violon, Vladimir Bukac, alto)… Les nobles thèmes qui se déploient en majeur font ainsi songer au chaos de Milton : ils sont sublimes, impassibles et sans forme au centre de la confusion.
Fascinant comme les cordes se métamorphosent, se colorent d’une patine ambrée, trouvent un nouveau point d’équilibre et fusionnent lorsque la clarinette, celle de Michel Lethiec, prend place ensuite au milieu d’elles pour offrir le Quintette op. 115 de Brahms, l’un de ses derniers opus. Inspirée par Richard Mühlfeld, l’œuvre est solaire, généreuse : on y entend déjà le premier Mahler. Lethiec y est plus fluide, plus serein que Vladimir Sorokin ou qu’Eduard Brunner : traits déroulés avec gourmandise dans un esprit d’arabesque et d’improvisation libre. Infléchis par la chaleur des timbres, la respiration du bois, les archets qui tirent et poussent à leur guise gagnent en relief et en grain. Superbe adagio en si majeur !
En seconde partie, renforcé par le violoncelle souverain de Gary Hoffman, qui jamais ne double les parties de son homologue, les Talich donnaient le grand Quintette D 956 de Schubert, récit-fleuve, testament poignant, fresque orchestrale débordant, ou transcendant, par son propos, sa puissance, le cadre d’un tel ensemble. La robuste coda populaire achève d’emporter l’enthousiasme de la salle tout entière (7 mars).
 
 
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous