Au Louvre, le Concert de la Loge en ses terres

Suzanne Gervais 13/10/2016

L’ensemble dirigé par le violoniste Julien Chauvin donnait un programme Haydn, Sarti, Guénin et Jean-Chrétien Bach, fidèle à ceux que jouèrent en leur temps les musiciens du Concert de la Loge olympique, installé aux Tuileries, à deux pas de l’auditorium du Louvre.

Les musiciens du Concert de la Loge ont prouvé qu’il est possible de livrer une interprétation d’un grand raffinement sans tomber dans l’affectation : emportés par l’archet tonique de Julien Chauvin, les instrumentistes se lancent dans la Symphonie n°83 dite “La Poule” de Haydn avec un dynamisme décoiffant. Et quel naturel ! Dense et moirée, la sonorité de l’ensemble fait forte impression dans les premières mesures dramatiques à souhait, mais jamais ampoulées – un sol mineur orageux fort en dissonances – de l’Allegro spirituoso. L’orchestre fait preuve de la même homogénéité dans la méconnue Symphonie en ré mineur (1777) de Marie-Alexandre Guénin, violoniste au Concert de la Loge olympique : deux Allegro épatants de hardiesse, où les échos des vents suscitent l’imagination et un Andante charmant de galanterie.

La soprano Sandrine Piau rejoint ensuite les musiciens dans le bel « Io d’amore, oh Dio mi moro » extrait de la Didon abandonnée de Sarti. Avec élégance, elle campe, le temps d’un air, une reine de Carthage juste et incarnée, malgré un discours vocalisant qui pourrait, chez une autre, glisser dans la pure démonstration de virtuosité. Le naturel caractérise le chant de Sandrine Piau. Toute de sobriété au début de l’air, la voix s’illumine, dramatique, laissant entendre un medium onctueux et une émission parfaitement contrôlée, jusque dans le plus imperceptible des crescendos. Second air de la soirée, le « Semplicetto, ancor non sai » de l’Endimione de Jean-Chrétien Bach réunit la soprano et la flûte brillante de Tami Krausz. Voix et flûte se mêlent et se cherchent dans un duo amoureux et ludique : la complicité entre les deux musicienne est soutenue par un orchestre attentif et un pupitre de vent habité (belles interventions du basson). La cadence, légère et délicieuse, a d’ailleurs été écrite par le premier alto de l’orchestre !

Peu jouée, la production lyrique de Jean-Chrétien Bach gagne pourtant à être connue. Gageons que Julien Chauvin en poursuivra l’exploration. Fidèle à une pratique répandue à la fin du 18e siècle, le violoniste a placé les deux premiers mouvements de la Symphonie de Haydn au début du concert, et les deux derniers, le Menuet et le Vivace, à la fin. Heureuse réminiscence : la boucle est bouclée, le public en redemande ! (7 octobre)

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