Grigory Sokolov au théâtre des Champs-Elysées

Nicolas Darras 21/11/2016
La salle de l’avenue Montaigne était comble, comme c’est maintenant le cas à chaque apparition du titan russe du piano, Grigory Sokolov, qui proposait un programme original par sa simplicité apparente : Mozart, Schumann.

Le rapprochement, pas si courant, de ces deux compositeurs, était à lui seul une idée lumineuse : la profondeur enfantine de la Sonate “facile” (K545) du premier trouvait un écho presque tout aussi pur dans l’Arabeske du second, et l’incroyable liberté formelle de la grande Fantaisie schumannienne semblait comme le prolongement naturel des audaces de la Fantaisie en Do mineur. Ces subtiles correspondances furent amplifiées par le jeu de Sokolov, qui confirma encore une fois qu’il était un des plus grands pianistes vivants, surtout par la maîtrise absolue de tous les paramètres de son interprétation.

Qu’admirer le plus, entre l’étagement rigoureux des nuances, la précision du phrasé, la subtilité du jeu de pédale ? Peut-être seulement les pages les plus tendres du programme manquaient-elle un peu d’abandon, ainsi que d’une intimité que l’admirable projection sonore du pianiste ne pouvait malheureusement qu’atténuer. Mais il n’est pas donné tous les jours d’entendre une telle conscience musicale à l’œuvre, et les bis généreux (cinq mouvements musicaux de Schubert (!) et une Mazurka de Chopin) confirmaient ce génie étonnant et si précieux, de donner à chaque note son juste poids, à chaque rythme sa juste énergie.

Un art intransigeant, une véritable éthique du piano : être témoin le temps d’un concert de la quête infinie de Sokolov est une chance, une joie. (16 novembre)

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