Un été culturel pour les hommes politiques

Antoine Pecqueur 12/09/2011
Au Festival d’Avignon, ministre en exercice et candidats aux primaires socialistes ont annoncé leurs propositions en faveur de la culture. Décryptage.
A quelques mois des élections présidentielles, les festivals d’été ont vu défiler bon nombre de politiques. A commencer par le Festival d’Avignon, qui, depuis sa création, a toujours été le lieu incontournable des débats estivaux - contrairement à son voisin, le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, beaucoup plus sage.

Frédéric Mitterrand annonce un plan pour le spectacle vivant

C’est donc dans la Cité des papes que Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, a annoncé, le 8 juillet, son plan d’action pour le spectacle vivant. Un chiffre à retenir : 12 millions d’euros seront, entre 2011 et 2013, affectés à la mise en place de ce plan.
Les quatre objectifs ratissent large : renforcer la place centrale de l’art et des artistes ; poursuivre la structuration de l’emploi artistique ; accroître l’irrigation des territoires et l’élargissement des publics ; consolider la présence européenne et internationale. Pour ne pas faire de jaloux, les dix mesures annoncées touchent tous les domaines, du monde du cirque aux ensembles musicaux, en passant par le soutien à l’écriture du spectacle vivant et l’accompagnement du réseau de la danse. A noter, dans le domaine musical, le souci de « diffuser la musique au cœur des territoires et auprès de tous les publics ».
Cette annonce s’est faite dans un contexte pour le moins tendu : la veille, le comédien David Lescot avait lu dans la cour d’honneur du Palais des papes, avant le début du spectacle "Enfant" de Boris Charmatz, un texte écrit au nom des organisations professionnelles de salariés et d’employeurs du spectacle vivant et des arts visuels. Deux points sont à souligner : le souhait de réformes structurelles, d’une part avec « une loi d’orientation et une nouvelle étape de la décentralisation qui reste une idée moderne à l’échelle de l’Europe ; un ministère de la Culture fort et doté de moyens nouveaux » et, d’autre part, « des mesures sociales pour les salariés du secteur, notamment le maintien du système de l’assurance chômage des artistes et techniciens du spectacle ».

Martine Aubry contre François Hollande

Toujours à Avignon, c’est dans le cadre d’un brunch réunissant près de 300 personnes que Martine Aubry a lancé, le 17 juillet, une véritable "bombe". La candidate à la primaire socialiste a annoncé qu’elle voulait augmenter le budget du ministère de la Culture de 30 à 50 %. « C’est absolument essentiel pour développer notamment l’éducation artistique », a affirmé le maire de Lille, rappelant qu’« il n’y a pas de gauche sans culture. Je veux que 2012 soit un nouveau printemps pour la culture ». Dans une tribune parue le 26 juillet dans le quotidien Le Monde, elle a apporté quelques précisions sur son projet de programme pour la culture : « Je propose l’adaptation des rythmes scolaires : dans ce cadre, il devient possible d’allouer le temps nécessaire aux découvertes artistiques [...]. Dès 2012, nous montrerons la voie : chaque enfant pourra se rendre deux fois par an dans un musée, un atelier, un concert... » Mais comment financer une telle augmentation du budget du ministère ? « C’est un redéploiement que l’on peut assumer, au regard des cadeaux fiscaux que nous supprimerons... Cet effort commencera par le financement de 10 000 emplois d’avenir, 10 000 jeunes formés à la médiation culturelle. »
L’annonce choc de Martine Aubry a évidemment entraîné des réactions de la part de ses concurrents à la primaire socialiste. François Hollande a dénoncé une « surenchère ». « Il faut faire attention de dire la vérité sur l’état des comptes publics et je ne tomberai pas dans une espèce d’échelle du perroquet où l’on va proposer plus », a ainsi affirmé le député corrézien. Dans une interview à l’hebdomadaire Le Point parue en mai dernier, le même François Hollande affirmait d’ailleurs : « La culture est bien plus qu’un budget ou une panoplie de mesures. »
De son côté, Ségolène Royal, autre prétendante à la primaire socialiste, n’a pas choisi Avignon pour annoncer ses propositions en matière culturelle. Fidèle à sa région Poitou-Charentes, la députée a prononcé son discours le 2 juillet, lors de l’ouverture des Nuits romanes de Melle. Parmi les thèmes abordés figuraient la démocratisation culturelle, l’éducation artistique et le patrimoine. La candidate a cité François Mitterrand : « Quand on investit pour créer, on donne de la force au pays. » Pour sa démonstration, Ségolène Royal s’est appuyée sur des exemples en région Poitou-Charentes.

L’été a été synonyme de culture chez les hommes et femmes politiques ; on se demande maintenant si, dans les mois qui viennent, le sujet va rester au menu des débats ou bien (re)tomber aux oubliettes.
Antoine Pecqueur

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