Deux poids, deux mesures ?

Philippe Thanh 03/10/2011
Quand cet éditorial paraîtra, Jean-Jacques Aillagon, le président du château de Versailles, aura laissé son fauteuil à sa remplaçante, l’ancienne journaliste Catherine Pégard qui passe d’un château (elle était en poste à l’Elysée) à l’autre.

En effet, Jean-Jacques Aillagon a été prié de faire valoir ses droits à la retraite le jour même de ses 65 ans. Nommé en 2007, il n’a donc pu mener à terme son second mandat. Belle façon de traiter un ancien ministre de la Culture qui n’a pourtant pas démérité et dont le bilan est salué par les conservateurs de Versailles.
Cette limite d’âge à 65 ans est bien contestable quand il s’agit de personnalités particulièrement qualifiées. Qu’on se souvienne du professeur Luc Montagnier, le "découvreur" du virus du sida, s’expatriant aux Etats-Unis pour poursuivre ses recherches alors qu’en France il avait été prié d’aller cultiver son jardin.
On ne peut donc que se réjouir lorsqu’on voit de grands professionnels prolongés au-delà de l’âge fatidique pour qu’ils puissent aller au bout d’un mandat en cours. En effet, la mise en œuvre de la politique d’un établissement culturel nécessite un minimum de temps, de visibilité. (Est-ce la raison pour laquelle un directeur général, toujours en poste au sein du ministère de la Culture, y a soufflé ses 67 bougies ?)
Un décret vient d’être pris en ce sens en faveur de Jérôme Deschamps, patron de l’Opéra-Comique, et c’est tant mieux. Il y a quelques années, Gérard Mortier fut aussi prolongé à la tête de l’Opéra de Paris. Mais, curieusement, il n’en était pas allé de même de son prédécesseur, Hugues Gall, qui avait pourtant mené la "Grande Boutique" avec un professionnalisme sans faille.
C’est le cas aussi de Luc Bondy, nommé à la place d’Olivier Py à la tête du théâtre de l’Odéon (il prendra ses fonctions à 64 ans), de Jean-Paul Cluzel qui préside aux destinées du Grand Palais et de la Réunion des musées nationaux, ou encore de Xavier Darcos, président de l’Institut français.
Deux poids, deux mesures... selon les humeurs du pouvoir.
Quoi qu’il en soit, souhaitons bonne chance à la nouvelle présidente de Versailles. On la sait mélomane. Elle aura à sa disposition le bel outil mis en place par son prédécesseur, Château de Versailles Spectacles, la structure de production des grands concerts qui animent le domaine royal.
Elle hérite aussi de l’indispensable Centre de musique baroque de Versailles, un établissement que le monde nous envie pour les activités de recherche et d’édition qu’il mène depuis plus de vingt ans, et pour sa contribution à la redécouverte et à la diffusion du patrimoine musical des 17e et 18e siècles. Espérons qu’elle aura à cœur de le soutenir dans toutes ses actions.
Philippe Thanh

English version, click here

La suite de l'article ( %) est réservée aux abonnés...
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous