Nos politiques sont-ils mélomanes ?

Antoine Pecqueur 03/10/2011
A quelques mois des élections présidentielles, nous sommes allés enquêter au sein de la classe politique pour dénicher les (rares) amateurs de musique classique, toutes tendances confondues.
Quand on évoque les liens entre la musique et la politique, d’éminentes figures historiques s’imposent. Louis XIII, qui joue du luth et compose, Frédéric II de Prusse dont la réputation de flûtiste n’est plus à faire. Plus près de nous, Ignace Paderewski, pianiste virtuose, fut l’une des figures majeures de la vie politique polonaise du début du 20e siècle. Et le premier président de la République de Lituanie (1990-1992), Vytautas Landsbergis, est un distingué musicologue et professeur de conservatoire. On peut citer aussi le Pérou où une chanteuse, Susana Baca, vient d’être nommée ministre de la Culture, et bien sûr l’Allemagne. Il est bien connu que la chancelière Angela Merkel est une fidèle du Festival de Bayreuth. Quant à Ursula von der Leyen, ministre du Travail, elle déclarait récemment que ce qu’elle préfère chanter, c’est « l’Ave verum de Mozart, accompagnée par son mari à l’orgue ».
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En France, aujourd’hui, les profils des hommes politiques sont assurément moins atypiques. Presque tous sortis de l’ENA, ils ne se consacrent qu’à leur propre carrière, d’autant qu’en dépit des règles de non-cumul, leurs mandats sont souvent multiples (maires, députés, ministres...).

A droite

C’est sa femme, Carla, qui l’assure, dans un récent entretien sur TF1 : Nicolas Sarkozy serait désormais un homme cultivé et se pâmerait devant les chefs-d’œuvre en noir et blanc de Carl Dreyer. Et la musique dans tout cela ? Du temps où il vivait avec Cécilia, Sarkozy se rendait de temps à autre au concert. Et pour cause : arrière-petite-fille du compositeur Isaac Albeniz, Cécilia, qui a suivi des études de piano, est une mélomane, une qualité encouragée sans doute aussi par son premier mari, le présentateur de télévision Jacques Martin. Mais aujourd’hui, Carla, dont le prochain album sortira après mai 2012, fait surtout entendre à son mari ce qu’elle aime : la pop, le rock...
Au sein du gouvernement figure en revanche une fan inconditionnelle de musique classique : Roselyne Bachelot. La ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale est une fidèle des salles de concert parisiennes, où elle apparaît dans ses tailleurs aux couleurs toujours plus vives ! Passionnée d’opéra, elle préparerait, dit-on, un livre consacré à Verdi. Espérons que, contrairement à une pratique répandue chez un grand nombre de ses collègues, elle n’en ait pas confié la rédaction à un nègre... De son côté, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, est un amateur de jazz. Au Figaro, il expliquait que s’il ne s’était pas lancé dans la politique, son rêve aurait été de devenir « pianiste de jazz », avant de compléter : « La musique est une part de ma vie. J’en ai besoin presque physiologiquement. » Le plus logique serait que le ministre de la Culture soit mélomane. Mais même s’il a réalisé un film d’opéra (Madame Butterfly), Frédéric Mitterrand semble plus intéressé par d’autres formes artistiques, telles que le cinéma et la littérature. Il n’empêche qu’il a défendu avec conviction le dossier, controversé, de la Philharmonie de Paris.
Les mélomanes se trouvent aussi parmi les anciens du gouvernement, aujourd’hui à la tête d’institutions en tous genres. Ancien ministre du Travail, Xavier Darcos préside désormais l’Institut français, chargé de la diplomatie culturelle française. A la fois pianiste et organiste, il possède une solide culture musicale. Il a sans surprise été invité dans de nombreuses émissions musicales, à la radio ("Passion classique" d’Olivier Bellamy sur Radio Classique) ou à la télévision ("La Boîte à musique" de Jean-François Zygel). Son parcours universitaire - il est titulaire d’un doctorat de lettres - détonne d’ailleurs au sein de la classe politique. Quant à Martin Hirsch, ancien haut-commissaire aux Solidarités actives, il est fils et père de violoncellistes et pratique lui-même cet instrument. Mais celui qu’on croise le plus souvent au concert est assurément Jacques Toubon, ancien ministre de la Culture puis de la Justice. Son intérêt pour la musique classique l’a même amené à prendre la présidence de la Fevis (Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés). Rien de mieux qu’un homme politique pour faire du lobbying en faveur d’un secteur si souvent ignoré des puissants.

A gauche

Dans la bataille pour la primaire socialiste, celle qui a marqué des points sur le terrain culturel est sans conteste Martine Aubry, qui promet d’augmenter le budget du ministère de la Culture de 30 % à 50 %. La maire de Lille est une fidèle de l’Opéra et de l’Orchestre de sa ville. Mais, surtout, elle avoue un faible pour la musique baroque. Au lendemain de l’affaire Strauss-Kahn, le 16 mai, Martine Aubry se trouvait... à l’Opéra-Comique de Paris pour une représentation d’Atys de Lully ! Un spectacle qu’elle avait soutenu lors de sa création en 1987. Autre candidat mélomane à la primaire : Manuel Valls. Là, les raisons sont peut-être d’ordre personnel : le maire d’Evry est en effet marié à une violoniste, Anne Gravoin (ancien violon solo de l’Orchestre de Tours, elle est aujourd’hui très présente dans les projets de musiques actuelles, notamment les comédies musicales). Ce qui est sûr, c’est qu’il y a moins de risque de conflit d’intérêts que pour les hommes politiques en relation avec des journalistes, comme c’est le cas de François Hollande et d’Arnaud Montebourg.
Moins médiatique, Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris chargée du commerce et de l’artisanat, est, elle, une passionnée de musique qui a longtemps pratiqué le violon.
Parmi les socialistes que l’on croise régulièrement au concert, il faut bien sûr citer Jack Lang. L’ancien ministre de la Culture n’est pas le créateur de la fête de la Musique pour rien ! Reste néanmoins une énigme : comment expliquer que la nouvelle chanson du Parti socialiste (Il est temps) soit si ridicule ? Mélomanes du PS, unissez-vous pour arrêter ce mauvais tube de l’été !
Dans le cercle des proches des grandes figures socialistes se cachent aussi des inconditionnels de la musique classique. Ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali est également... chef d’orchestre. Sur son site Internet personnel, on peut le voir diriger l’Orchestre symphonique universitaire de Grenoble. « La chose intellectuellement la plus difficile que j’ai eu à faire », déclare-t-il dans un entretien à France 3. La couverture de son dernier livre (Demain, qui gouvernera le monde ?, Fayard) représente sans surprise un orchestre symphonique. On le voit bien : les mélomanes se retrouvent chez les hommes politiques de gauche comme de droite.

Et les électeurs ? On dit souvent que la majorité du public de la musique classique est à droite tandis que la majorité des musiciens est à gauche. Mais aucun sondage n’a pour l’instant été commandé à ce sujet... Une chose est sûre : de quelque bord qu’ils soient, les politiques ne feront pas du soutien à la musique classique leur priorité. Aux musiciens de se mobiliser pour tenter d’agir sur le cours des choses !
Antoine Pecqueur

Sur le même sujet, lire aussi notre entretien avec Lionel Stoléru.

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