France Musique : un nouveau rythme

Michèle Worms 03/10/2011
Olivier Morel-Maroger a été nommé en juin dernier directeur de France Musique. Nous lui avons demandé de nous donner son point de vue sur la chaîne et de nous décrire son projet.
Direction de la musique de Radio France, direction de France Musique(s)... Parmi les directeurs qui se sont succédé dans ces fonctions, certains ont cumulé les deux titres, d’autres non. Aujourd’hui, elles sont de nouveau séparées.

Que pensez-vous de cette séparation ?
Je suis pour, tout simplement parce que France Musique doit être pilotée à plein temps. Il faut déjà pouvoir l’écouter tous les jours en continu ! Nous sommes trois personnes à faire ce travail et nous n’hésitons pas à quitter nos bureaux pour nous entretenir directement avec les équipes de producteurs, de réalisateurs et de techniciens quand nous nous posons des questions.

La suite de l'article (87 %) est réservée aux abonnés...
Ma mission est de rétablir l’image de France Musique et de faire remonter l’audience qui est en lent déclin. Les directeurs de France Musique qui se sont succédé ces dernières années ont engagé différentes réformes qui n’ont pu être menées à terme. Le problème, vous le connaissez bien : il s’agit de trouver le moyen terme entre un ton trop savant et un ton trop vulgarisateur, de concilier les exigences des grands mélomanes et des musiciens professionnels avec celles d’un public qui a tout simplement envie d’écouter de la musique, sans trop de bavardage. C’est ce défi que nous devons enfin relever. Croyez-moi, c’est un travail à plein temps !

Quels nouveaux publics visez-vous ?
Les études montrent que notre public actuel est plutôt âgé. Rechercher le jeune public relève à mon avis de l’utopie, car les jeunes n’écoutent pas ou très peu la radio. En revanche, nous pouvons essayer d’atteindre le vaste public des actifs qui peuvent écouter France Musique tôt le matin ou pendant leurs heures de travail.
C’est dans ce sens que nous avons élaboré notre grille, en étant très vigilants sur les rythmes. On sait que les tranches 7 h-9 h et 18 h-20 h sont des moments stratégiques dans la journée. Dans la grille, le début de la matinée est consacré à l’actualité culturelle et pas seulement musicale. Christophe Bourseiller y reçoit des invités très divers et l’émission est ponctuée par la musique.
L’actualité est une de nos priorités : nous reprenons la formule des Dépêches notes. De 11 h à 12 h 30, nous retrouvons le Matin des musiciens, avec Renaud Machart, Christian Merlin, Edouard Fouré Caul-Futy, Arnaud Merlin, Philippe Cassard et Jean-Pierre Derrien. Le magazine de Lionel Esparza est désormais diffusé à la mi-journée.
Quant à l’après-midi, elle est consacrée à des pages musicales en continu : extraits d’œuvres ou œuvres complètes, avec commentaires succincts. Bien sûr, je ne peux pas vous détailler la grille avec toutes les nouvelles émissions : je citerai simplement "Le casque et l’enclume" de Lionel Esparza le vendredi midi et "Fabrication maison", le samedi, avec Dominique Boutel qui fait découvrir la production musicale de Radio France de l’intérieur.

Quel répertoire souhaitez-vous privilégier ?
D’abord, bien sûr, la musique dite classique, qui représente 80 % du programme de France Musique, dans lequel j’inclus évidemment les redécouvertes, la musique baroque, dont je pense qu’elle n’a plus besoin d’émissions spéciales tant elle s’est imposée depuis vingt-cinq ans, et la musique contemporaine qui donne lieu à plus d’une quarantaine d’émissions, notamment avec les productions de Présences, de Musica, de l’Ensemble intercontemporain, du festival Agora de l’Ircam. Dix pour cent de la programmation est consacré au jazz, 10 % aux autres musiques comme l’opérette, aux musiques du monde, à la chanson...

Pensez-vous organiser des événements ?
Certainement : la journée spéciale consacrée à Ruggiero Raimondi a été un succès. Parmi nos projets figure une journée spéciale Natalie Dessay. Autres événements prévus : un week-end à Lyon début décembre, avec l’Orchestre national de Lyon et Leonard Slatkin, l’Opéra de Lyon (retransmission de La Vie parisienne), le Conservatoire. Et un voyage à l’Opéra royal de Madrid en compagnie de Gérard Mortier avec la retransmission de Yolantha de Tchaïkovski et de Perséphone de Stravinsky.
En conclusion, il s’agit donc d’un projet global. Nous devons faire une radio vivante, qui ne se contente pas seulement de musique enregistrée, mais qui offre des informations, reportages, enquêtes... une radio de service public adaptée aux différents publics que nous visons.
La parole sur France Musique ? Je soutiens fortement qu’il doit y en avoir, mais elle doit être aussi passionnante et agréable à entendre que la musique. Dites-vous bien que les grandes émissions dont vous gardez le souvenir sont celles "avec paroles !".
Propos recueillis par Michèle Worms

Olivier Morel-Maroger, une bio express. Après des études de droit et une solide éducation musicale, Olivier Morel-Maroger a occupé depuis 1992 diverses fonctions à la direction de la musique de Radio France. Il a été directeur adjoint de France Musique de 1999 à 2004, puis adjoint au secrétaire général de Radio France.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous