La musique romantique française s’épanouit à Venise

Philippe Thanh 16/01/2012
Grâce au mécénat de Nicole Bru qui a restauré le Palazzetto Bru Zane à Venise pour l’abriter, le Centre de musique romantique française fonctionne depuis septembre 2009. Bilan et projets après deux années d’activités, avec Alexandre Dratwicki, son directeur scientifique.
Comment fonctionne le Centre de musique romantique française ?
Le Centre développe des activités multiples qui vont de la recherche à la programmation de concerts, en passant par l’édition (partitions, livres, disques). Sans oublier un volet audiovisuel que nous commençons à développer avec Mezzo et Arte. En ce qui concerne les concerts, nous en avons programmé ou soutenu 297 cette année, soit trois fois plus qu’au cours de la première saison, et – il faut le préciser – à budget constant.
Nous organisons notre propre saison de concerts à Venise (une trentaine environ) et, dans la plupart des autres cas, nous intervenons en partenariat avec un festival, un organisateur de concerts, un ensemble... Cela va du plateau avec solistes, chœur et orchestre avoisinant les 150 000 euros jusqu’au plus modeste "coup de pouce" de quelques centaines d’euros que nous pouvons apporter comme complément, par exemple, à un récital de piano.
Quel est le financement du Centre ?
Il fonctionne avec un budget annuel d’environ 3 millions d’euros entièrement assuré par la Fondation Bru (la fondation mère, à l’origine de l’aventure du Palazzetto Bru Zane). Sur cette somme, les dépenses artistiques s’élèvent à 1,7 million d’euros, les activités d’édition représentant, elles, environ 300 000 euros.
Nous nous interrogeons sur l’opportunité de faire appel à d’autres partenaires financiers, notamment parce qu’il paraît logique et utile de travailler avec certains. Ce pourrait être le cas, par exemple, de l’Institut français que nous espérons rencontrer prochainement et avec lequel nous aurions par nature d’évidents partenariats à tisser. Une action de recherche de mécénat complémentaire, dans la mesure où elle permettrait d’étendre encore les moyens de ressusciter le répertoire sur lequel nous travaillons, n’est pas non plus à exclure pour les années futures.

Quels seront les temps forts de la saison à Venise ?
Nous avons trois cycles de manifestations chaque année : en octobre et novembre derniers a eu lieu le festival inaugural de la saison 2011/2012, festival consacré à la virtuosité. En février, un festival de musique de chambre ("Le salon romantique") jouera comme chaque année pendant le carnaval le jeu de la carte blanche ; en avril-mai, enfin, notre festival de printemps sera consacré cette année à "Théodore Dubois et l’art officiel". Nous attendons beaucoup de ce dernier cycle, car il permettra de battre en brèche pas mal d’idées reçues, sur l’homme, bien sûr, mais aussi sur la notion d’académisme...
Et justement, pour prendre l’exemple de ce festival de printemps, il a été largement anticipé par le biais de la diffusion "hors les murs" : de nombreux concerts un peu partout dans le monde ont permis d’entendre la musique de Dubois dès juin 2011, et déjà sept CD ont été publiés ou le seront très prochainement. Dix autres devraient suivre le festival, de sorte que ce coup de projecteur sur un compositeur peu connu aura permis de publier une partie non négligeable de son œuvre en quelques mois. Bref, de mener une action utile. Nous continuerons sur le même principe avec Théodore Gouvy en 2013, puis avec Félicien David en 2014.

A côté des concerts, vous menez des activités de recherche et de publication...
Nous développons différents chantiers musicologiques - aussi bien thématiques que monographiques - dirigés pour la majorité par des chercheurs extérieurs. Cela nous permet d’être à la pointe dans chaque domaine, car nous ne prétendons nullement tout connaître ! Pour les aspects éditoriaux, nous travaillons principalement avec Symétrie pour la publication de livres et de partitions. Plus occasionnellement (ou sur des séries précises), nous avons amorcé un partenariat avec Bärenreiter pour l’édition Fauré, un autre avec la Fondation Rossini pour l’édition de certains opéras français. Un autre projet est en cours avec Brepols. Pour les CD, nous travaillons avec de très nombreux labels (plus de vingt), notamment Glossa pour une collection de livres-disques consacrée aux musiques du prix de Rome. Après Debussy et Saint-Saëns, nous venons de publier un "Gustave Charpentier et le prix de Rome" qui remporte un franc succès, mérité je dois dire, car la musique est époustouflante. Je remarque d’ailleurs, et plus généralement, que ce sont les œuvres vraiment rares ou les compositeurs les moins connus qui attirent le plus spontanément le public.
Propos recueillis par Philippe Thanh

Alexandre Dratwicki assure, avec Agnès Terrier (Opéra-Comique), la direction scientifique du colloque Arts lyriques et transferts culturels (1760-1800) qui se tient salle Favart à Paris les 19 et 20 janvier, à la suite des représentations d’Amadis de Gaule de JC Bach.
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