Neurofeedback : quand le cerveau réagit au son

Olivier Duchesne 15/10/2012
Pratiqué notamment par des musiciens, le "neurofeedback" est une méthode qui s’appuie sur l’étonnante plasticité du cerveau, capable de se réadapter et d’auto-réparer ses dysfonctionnements. Il permet de mieux gérer le stress et d’améliorer concentration, attention, créativité...
Les premières minutes sont déstabilisantes. A peine entré dans le cabinet, le patient se retrouve allongé sur un fauteuil, avec des fils fixés à sa tête. Les plus anxieux repenseront à Orange mécanique de Stanley Kubrick. Mais point d’électrochocs ici : nous sommes dans un cabinet de "neurofeedback" à Paris, ouvert il y a trois ans par la violoniste Anne Maury, qui se partage désormais entre ses patients et les concerts au sein d’ensembles sur instruments anciens.

Quel lien entre la musique et le "neurofeedback" ?

Mise au point par l’armée américaine - pour faire face aux traumatismes des GI’s - cette méthode de neurothérapie consiste à diffuser une musique à un patient dont l’activité cérébrale est connectée et analysée par un logiciel. Les pics d’activité du cerveau se traduisent instantanément par des interruptions du son, comme les sauts des vieux 33 tours. Or, au moment où le cerveau perçoit ces interruptions, il réagit en se réorganisant, en s’autorégulant. A la base de cette pratique, le principe selon lequel tout trauma laisse une trace neuronale. La neurothérapie peut donc dissoudre ce trauma, ou en tout cas l’alléger. Dans son cabinet, Anne Maury reçoit une clientèle extrêmement variée : « Je vois des enfants qui ont du mal à se concentrer ou qui rencontrent des difficultés d’apprentissage, des autistes, des adultes dépressifs ou souffrant de problèmes de sommeil, d’acouphènes... », nous confie la neurothérapeute, qui a elle-même découvert le "neurofeedback" à la suite de troubles du sommeil. Les sportifs sont également nombreux à faire appel à cette méthode. C’est le cas, à l’étranger, de la championne de tennis Mary Pierce ou du skieur médaillé d’or olympique Hermann Maier.

Choix des musiques

Les musiciens eux aussi sont concernés : « Le "neurofeedback" leur permet de retrouver une confiance en eux, et cela a même des conséquences sur la sonorité », explique Anne Maury, qui ne choisit pas au hasard les musiques qu’elle diffuse. Elle prend soin d’éviter, sauf demande expresse du patient, les musiques incluses dans le logiciel, au style vaguement new age. « Avec les enfants, je travaille surtout sur des œuvres de Bach, car il y a une structure harmonique, une architecture qui leur apporte une certaine forme d’ordre. Pour des patients qui sont tout le temps dans le contrôle, je vais privilégier un quatuor de Mozart, dans lequel ils vont se laisser prendre par la mélodie et lâcher prise. J’ai remarqué que la musique italienne convient, quant à elle, aux gens dépressifs. Je n’emploie par contre jamais d’œuvre symphonique, car il y a trop d’informations pour le cerveau », nous explique-t-elle. La séance dure en général un peu moins d’une heure, pour un coût d’environ 60 euros (remboursé, pour les enfants cérébro-lésés, par l’association Neuf de cœur).

Le cerveau détermine ses priorités

Le patient ne se préoccupe de rien d’autre que de l’écoute de la musique. Conséquence indirecte : certains ont avoué avoir retrouvé du plaisir à écouter de la musique classique grâce à cette thérapie. Mais au-delà de l’attrait musical, peut-on réellement être soigné avec une telle méthode ? Quels sont les résultats ? « Je peux garantir qu’il y aura une amélioration de l’état général. Il y a par ailleurs un côté aléatoire : à partir de l’information qu’on lui donne sur sa propre activité, c’est le cerveau qui décide à quel trouble il va d’abord remédier. Ainsi, un patient venu consulter pour des troubles du sommeil m’a annoncé la fois suivante que les vertiges dont il souffrait, et dont il ne m’avait pas parlé, avaient disparu. Le cerveau a jugé que c’était, pour lui, la priorité du moment », observe Anne Maury.
Importé en France depuis peu, le "neurofeedback" se développe désormais en région. Le bassoniste David Douçot a ainsi ouvert en cette rentrée un cabinet dans le centre de Lyon. Pour devenir un spécialiste de "neurofeedback", il est nécessaire de suivre une formation privée sanctionnée par un examen. « Malheureusement, cette formation se limite à la maîtrise du logiciel et n’aborde pas assez les concepts psychologiques, ni les questions philosophiques », estime Anne Maury.

Derrière le bien-être se cache enfin une réalité économique : la firme canadienne Zengar est en situation de monopole, étant la seule à commercialiser l’équipement technique, au prix de 10 000 euros environ. En attendant une version "made in France", mise au point par des thérapeutes-musiciens ?
Olivier Duchesne

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