«Que je sache, Pierre Schaeffer n’a pas inventé le tourne-disque !»

15/06/2008
Lettre du compositeur Denis Dufour, à propos de l’entretien avec Alain Poirier paru dans notre numéro 355 (Lettre des musiques électroacoustiques).
Vous félicitant pour votre initiative d’insérer un cahier sur les musiques électroacoustiques dans La Lettre du Musicien, permettez-moi de vous faire part de quelques remarques concernant votre deuxième “Lettre des musiques électroacoustiques” parue dans le numéro 355 de mars 2008.

Dans l’éditorial de cette lettre, vous écrivez que « la toute première classe d’électroacoustique a été créée en 1968 au Conservatoire de Paris », ce qui n’est pas exact. C’est dans celui de Marseille en avril 1968 que son directeur Pierre Barbizet confie à Marcel Frémiot une classe de musique expérimentale d’où naîtra plus d’un an après le Gmem (Groupe de musique expérimentale de Marseille). Puis, à la rentrée 1968, au Conservatoire national supérieur de Paris, Pierre Schaeffer prend en charge une “classe de musique fondamentale et appliquée à l’audiovisuel”, couplée avec le stage du GRM. Le cours change de dénomination en 1975, devenant “classe de composition et recherche en musique électroacoustique”. En raison de conflits de personnes, la convention de partenariat entre le Conservatoire de Paris et le GRM ne sera plus reconduite en 1984. En 1985, la classe de composition électroacoustique est absorbée par celles instrumentales.

Ma deuxième remarque concerne l’interview d’Alain Poirier, actuel directeur du CNSMDP. Monsieur Poirier parle de la création en 1968 d’une « classe de “nouvelles technologies appliquées à la composition” ». Que l’électroacoustique enseignée au Conservatoire de Paris soit purement technique et dévolue à des formations aux métiers du son, c’est un choix que je respecte, mais alors il serait bien que M. Poirier fasse la différence entre art et technique lorsqu’il parle de “l’héritage schaefferien” […] Que je sache, Pierre Schaeffer n’a pas inventé le tourne-disque ni le magnétophone. Il a inventé la musique concrète, dirigé une recherche fondamentale sur le son, établi le concept de “recherche musicale”, replacé le musicien face à l’oreille et à la perception. Je ne vois donc pas en quoi Schaeffer serait obsolète sous le prétexte fallacieux que les technologies électroacoustiques seraient en perpétuelle évolution.

Les compositeurs d’œuvres de support arrivent à maîtriser sans difficulté la technique, à en intégrer l’évolution (y compris ceux qui ont 80 ans, ce qu’ils font même tout seuls, sans assistant !) et ce, sans suivre de formation complémentaire. Et quand bien même ils n’y parviendraient que modérément, est-ce leur capacité à mettre à jour leurs connaissances techniques ou bien la force et l’impact de leur œuvre qui comptent ?

Si Pierre Schaeffer, avec tant d’autres, « a ouvert une voie inédite après la Seconde Guerre mondiale », pourquoi persister à tenir cette voie fermée, à ne pas reconnaître que, à sa suite, un grand nombre de créateurs ont investi le domaine de l’art acousmatique, et pourquoi rabaisser ce genre à une vulgaire affaire de technologie ?

Enfin, il est dit dans cet article que les « relations avec le GRM et l’Ircam aujourd’hui sont à l’image d’une école qui se veut performante ». Mais, sur le site du Conservatoire de Paris, à la rubrique “Nos partenaires artistiques et pédagogiques”, on peut voir mentionné l’Ircam, mais pas le GRM. Qu’en est-il de cette collaboration ? Et de quelle “performance” parle-t-on, technique ou artistique ?

Denis Dufour
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