Une violoniste de l’Orchestre de l’Opéra
exclue du Conservatoire de Paris

Antoine Pecqueur 12/06/2013
Lise Martel, 21 ans, n’a pas été autorisée à achever son master. Le point sur une décision qui fait polémique.

Jeudi 30 mai, Lise Martel aurait dû passer son examen final de violon en vue d’obtenir son master du Conservatoire de Paris. Mais, quinze jours plus tôt, l’institution en a décidé autrement. La violoniste a été exclue en conseil de discipline. Pour quelles raisons ?

Rappelons tout d’abord que, pendant son cursus, Lise Martel a intégré l’Orchestre de l’Opéra de Paris. En raison des répétitions avec cette phalange, elle n’a pu suivre certains cours, notamment un week-end de pédagogie, et avait par ailleurs fait une demande de dispense de sessions d’orchestre. Mais le CNSMD ne l’entend pas ainsi. Pour Bruno Mantovani, directeur du Conservatoire de Paris, « la radiation d’un élève lors d’un conseil de discipline est toujours un moment douloureux pour l’élève lui-même et pour l’institution qui l’a formé. C’est un constat d’échec pour tous, notamment quand l’interruption de la scolarité a lieu plusieurs années après son début. Néanmoins, le Conservatoire a déjà dû prononcer, dans le passé, des exclusions dans des cas similaires à celui de Mlle Martel, et pour des faits équivalents. Il ne s’agit donc pas d’avoir deux poids et deux mesures, selon que l’élève appartienne à une formation symphonique prestigieuse ou pas ».

La décision d’exclusion a en tout cas suscité l’incompréhension dans les rangs de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Lise Martel a bénéficié du soutien des musiciens et même de Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris, qui a contacté personnellement Bruno Mantovani (dont plusieurs œuvres ont été créées par cette institution). Mais rien n’y fait. Malgré leur tutelle commune (le ministère de la Culture), Opéra et Conservatoire ne trouvent pas de terrain d’entente. Cette affaire illustre-t-elle les difficultés des élèves à poursuivre une scolarité en étant déjà en situation professionnelle ? On pourrait penser que le Conservatoire se réjouisse au contraire de la nomination d’un de ses élèves au sein d’une formation symphonique, au moment où les débouchés pour les musiciens se raréfient, du fait du contexte de crise. « Nombre de nos élèves ont intégré des orchestres alors qu’ils étaient en scolarité, et le Conservatoire est toujours à leur écoute afin d’aménager les cursus pour les rendre compatibles avec les engagements professionnels », observe Bruno Mantovani. Reste qu’au Conservatoire, longtemps considéré comme un lieu de formation de solistes, la carrière en orchestre ne serait, pour certains, pas toujours vue d’un bon œil.
Seul recours désormais possible pour Lise Martel : le tribunal administratif.

Sur ce sujet, lire aussi :

• la réponse du directeur du Conservatoire de Paris

• le témoignage d’un parent d’élève


 

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