Lettre à la Drac Ile-de-France

15/09/2008
A la suite de nos articles rapportant l’inquiétude de nombreux ensembles et d’institutions musicales, face au désengagement annoncé de l’Etat, nous avons reçu de la compagnie Sphota une lettre ouverte, adressée à la Drac Ile-de-France.
Les musiciens de Sphota apprennent avec désarroi et incompréhension la décision de la Drac Ile-de-France de baisser à nouveau de 40 % la subvention qui leur est attribuée depuis 2002. Suite à une première baisse de 40 % en 2006, la compagnie avait déjà dû renoncer à son administratrice, repartir presque à zéro sur le plan structurel, mettre les bouchées doubles sur le travail extra-artistique, gardant l’espoir de voir ses financements rapidement rétablis pour continuer d’évoluer et d’élargir ses activités. Aujourd’hui, une baisse de 65 % sur trois ans ne s’apparente même plus à une mauvaise passe, mais bien à un sabotage. D’autant que, cette décision nous étant communiquée quinze mois après le dépôt de notre dossier, on ne peut soupçonner la Drac d’avoir pris sa décision à la va-vite.

On dit pour nous rassurer que nous ne sommes pas les seuls. C’est sûrement vrai, mais quel sens attribuer à de telles diminutions d’aides si ce n’est une tentative pernicieuse d’étouffer les nouvelles entreprises artistiques ? Car le plus simple et le plus franc eut été de ne plus rien donner du tout. Personne en Ile-de-France, à notre connaissance, ne fait ce que nous faisons en termes « d’innovation musicale ». Si les ensembles “historiques” de musique contemporaine doivent naturellement continuer d’être aidés, il est urgent de se questionner sur les justes répartitions entre sauvegarde des “valeurs sûres” et soutien aux “émergences”, en précisant qu’émergence ne signifie pas uniquement “nouveaux arrivés” mais bien énergies fondamentalement nouvelles dans la création musicale contemporaine.

La compagnie Sphota effectue un travail musical de création des plus sérieux, des plus suivis, à la fois tenu et évolutif, engagé et constructif, depuis maintenant huit ans. Ses musiciens ont servi le projet avec le plus grand engagement, mettant souvent de côté des ouvertures personnelles au profit d’une démarche collective singulière, misant sur la mission artistique qu’ils s’étaient fixée. Mission complexe, délicate mais des plus saines dans le microclimat de la musique contemporaine. Car l’originalité de Sphota est bien de mettre le doigt là où ça fait mal : où est la grande liberté musicale ? Pourquoi la peur du débordement stylistique et formel plane-t-elle sur une création qui devrait être la plus ouverte, la plus osée, la plus enthousiaste ? Quels sont aujourd’hui les moyens de proposer une “écoute” renouvelée du son contemporain ?
Le parcours de la compagnie n’a pas été sans embûches. Les remises en question structurelles et artistiques ont été nombreuses, le manque de soutien nous a essoufflés et désillusionnés, mais aujourd’hui, Sphota affirme sa spécificité et son sérieux avec plus de détermination et de sérénité que jamais. Nous interrogeons donc les experts des commissions et les chargés de mission des institutions :
– pensez-vous que notre démarche ne nécessite pas de moyens puisqu’elle se situe en marge d’un moule ?
– pensez-vous que, par rapport aux ensembles “historiques”, notre projet n’est pas assez convaincant pour être soutenu ?
– pensez-vous que notre projet manque d’originalité, que nous sommes finalement nombreux à faire la même chose, et que simplement il faut bien faire des choix ?
– pensez-vous sincèrement que nous puissions continuer dans de telles conditions ?

Les musiciens de la compagnie Sphota, Benjamin De La Fuente, Benjamin Dupé, Samuel Sighicelli
Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous