Une violoniste de l’Opéra exclue du Conservatoire de Paris : la réponse de Bruno Mantovani

20/06/2013
A la suite de notre article, le directeur du Conservatoire de Paris Bruno Mantovani nous a adressé le courrier suivant que nous publions bien volontiers, suivi de la réponse de notre journaliste.

Dans l’édition de La Lettre du Musicien n° 435, vous avez évoqué l’exclusion de Lise Martel du Conservatoire, en présentant cette élève comme la victime innocente d’une décision injuste de ma part. Vous avez tenté de discréditer le fonctionnement d’une maison qui fait pourtant preuve d’une totale impartialité et qui demande à ses élèves de respecter les mêmes règles, qu’ils soient par ailleurs membres d’une grande institution musicale ou non. Si j’en juge par les propos tenus à mon égard sur certains réseaux sociaux ou par les lettres d’insultes et de menaces reçues depuis quelques jours, je ne peux qu’admettre que vous avez réussi à créer le “buzz” à mes dépens et, ce qui est plus grave, à ceux du Conservatoire. Tous les moyens sont certes bons pour créer le débat ou la polémique et pour mettre en émoi la blogosphère, toujours avide de pseudo-indignation et de propos diffamatoires (certains, d’ailleurs, tombant sous le coup de la loi), mais votre présentation des faits est partielle et frise la malhonnêteté, par méconnaissance du dossier ou par mauvaise intention : elle nécessite donc un certain nombre de mises au point de la part du Conservatoire.

  • Lise Martel est passée devant un conseil de discipline qui a voté son exclusion à la quasi-unanimité, en suivant toutes les procédures traditionnelles. Dans un établissement d’enseignement public, une telle décision ne saurait évidemment être prise par le directeur seul, le conseil étant composé de membres de l’administration, de représentants des professeurs et de représentants des élèves. Personnaliser autant cette sanction est une mise en cause inacceptable de ma personne, qui apparaît à travers votre article comme un procureur unique et impitoyable.

  • Lise Martel a été exclue pour des absences répétées à des cours, mais surtout pour des faits d’insolence et d’irrespect que vous ne mentionnez pas. Tout membre d’une formation prestigieuse que l’on soit (et Lise Martel n’est pas la seule élève du Conservatoire à avoir acquis un tel statut en cours de scolarité), arrogance et mépris à l’égard du corps professoral ou du personnel administratif sont inexcusables. Lise Martel avait d’ailleurs été convoquée à un premier conseil de discipline auquel elle ne s’était pas présentée, ce qui aurait dû sonner la fin de ses études, et pour lui donner une deuxième chance, je lui ai proposé tout d’abord de venir me voir en lui offrant plusieurs horaires de rendez-vous (horaires qui ne semblaient pas convenir à Lise Martel), avant que la deuxième convocation ne soit prise en compte par elle. Le respect de certaines règles de vie en communauté est le moins que l’on puisse demander à des élèves dont la scolarité coûte au contribuable français autour de 28 000 euros annuels alors qu’ils n’en paient que 440.

  • Son appartenance à l’Opéra de Paris n’a été, institutionnellement, ni un facteur aggravant, ni une circonstance atténuante. Il serait d’ailleurs étrange de penser que le Conservatoire cherche à créer une situation de crise avec une institution à laquelle il est lié par de nombreux projets passés et à venir.

  • Si Philippe Jordan m’a bien appelé pour en savoir plus sur cette exclusion, il n’a aucunement pris la défense de Lise Martel, ni avec moi, ni publiquement. Je ne pense pas que cette communication téléphonique entre le directeur musical de l’Opéra de Paris et le directeur du Conservatoire, par ailleurs partenaires réguliers sur le plan musical, doive être interprétée comme un « soutien » à Lise Martel, contrairement à ce que vous affirmez. De même, votre article laisse à penser que Philippe Jordan aurait essayé en vain de me faire recouvrer la raison, ce qui est totalement faux. Par ailleurs, que des musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Paris, qui comptent dans leurs rangs des amis et même des membres de la famille de Lise Martel, aient été aux côtés de cette élève, cela me paraît normal, mais d’une part les instances représentatives des musiciens de l’opéra n’ont produit aucun communiqué officiel, et d’autre part, je n’ai pas manqué de recevoir en privé des témoignages de soutien de certains membres de l’orchestre lorsqu’ils ont pris connaissance de cette polémique et surtout des faits réels que celle-ci dissimulait.

  • Si le conseil de discipline n’avait pas pris de décision d’exclusion, Lise Martel n’aurait en aucun cas pu obtenir son diplôme de master, dans la mesure où elle n’avait pas validé une partie de son cursus.

  • Enfin, votre article s’achève sur une considération générale : le Conservatoire formerait des solistes et cultiverait une forme de mépris pour les métiers de l’orchestre. C’est mal connaître la politique intensive de travail des pratiques collectives que j’ai mise en place depuis trois ans, et la philosophie que je m’efforce de transmettre aux élèves. C’est précisément pour y valoriser l’orchestre que la direction de cette maison m’a été confiée. Ce procès d’intention relève donc d’une méconnaissance aussi aiguë que patente du fonctionnement actuel du Conservatoire et de son offre de formation.
  Je vous invite donc à publier ce rappel des faits, et à venir écouter les prochains concerts des deux formations symphoniques du Conservatoire afin de constater combien l’excellence sait aussi s’y exprimer à travers la collectivité.
Bruno Mantovani

La réponse de notre journaliste :
L’exclusion du Conservatoire de Paris d’une musicienne en poste dans une phalange nationale est un fait qui mérite d’être traité dans nos colonnes et n’a pas à être passé sous silence. Comme pour chaque sujet que nous traitons, nous nous en tenons aux faits en donnant à entendre les différents points de vue.  Bruno Mantovani, en sa qualité de directeur du Conservatoire de Paris, a ainsi pu naturellement livrer sa version des faits. Toutefois, lors de l’entretien que j’ai eu par téléphone avec lui, il est resté dans des considérations générales et a refusé d’évoquer les raisons qui ont motivé l’exclusion de Lise Martel, jugeant que celles-ci n’avaient pas à être rendues publiques. Je me réjouis donc que, dans ce courrier, il nous donne ces raisons, même si les « faits d’insolence et d’irrespect » qu’il mentionne mériteraient plus de précisions. Quant à la prise en considération de la pratique orchestrale au Conservatoire de Paris, nous ne manquerons pas d’y revenir dans un prochain article. 
Antoine Pecqueur

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