"Avenue Mozart… j’achète !"

Philippe Thanh 01/11/2008
Non, ce n’est pas une partie de Monopoly ! Mais pour nous (et vous) distraire, nous nous sommes penchés sur un plan de Paris. Quel compositeur est honoré d’une rue, d’une placette, d’une impasse ? Quel musicien célèbre est ignoré ? Le résultat est mitigé. Qu’en est-il dans les autres villes de France ? Là, c’est à vous d’enquêter !
Sur les quelque 5 400 rues de Paris, combien portent le nom d’un compositeur ? Environ une centaine. Déambulation dans le Paris des compositeurs.

Quatre avenues, des squares et des jardins

Seuls Mozart, Ravel, d’Indy et, curieusement, le méconnu Ernest Reyer ont droit à une avenue. Cela dit, on ne comparera pas l’avenue Mozart, qui joint le quartier d’Auteuil à celui du Ranelagh, à celle dévolue au compositeur de Sigurd et de Salammbô, qui longe le cimetière, entre les portes de Châtillon et de Montrouge.
Quant à Ravel et d’Indy, ils se partagent (rapprochement hasardeux), entre le boulevard Soult et le périphérique, chacun un tronçon de la même voie du 12e arrondissement.
Nombre de musiciens n’ont droit qu’à un modeste square, comme si l’on avait voulu réparer un oubli. Ainsi de Bartok (dans le 15e), Chabrier, Chausson, Duparc et Fauré (17e), Christiné (10e), Couperin (4e)… D’autres ont un jardin, comme Rachmaninov, dans le 18e.

De quelques “privilégiés”

On ne les traitera pas de “cumulards”, mais quelques compositeurs ont plusieurs adresses.
Berlioz a sa rue dans le 16e et un square dans le 9e. Mozart, outre son avenue, a une villa, comme Spontini, également logé dans le 16e, qui a rue et villa à son nom.
La palme revient à Debussy qui, outre une rue et un square dans le 17e, donne aussi son nom à un jardin dans le 16e.

Le 16e, terre d’accueil des musiciens

Plus du quart des voies portant le nom d’un compositeur se situent dans cet arrondissement qui “héberge” ainsi Berlioz, Bizet, Bruneau, Debussy, Delibes, Godard, Magnard, Massenet, Offenbach, Tansman, Terrasse… pour ne citer que des musiciens français.
Bien placés également, le 2e arrondissement (Lully et Rameau y ont droit de cité), le 9e (siège de l’Opéra de Paris et de maints compositeurs lyriques : Gluck, Rossini, Meyerbeer, Thomas…), le 12e (très 20e siècle avec Bernstein, Dukas, Gershwin, Ravel…), le 17e (qui accueille neuf compositeurs, tous français, de Chabrier à Tournemire), et le 20e (où l’on trouve notamment Schubert et Mendelssohn).
A l’inverse, aucun nom de compositeur n’est recensé dans les 3e, 5e et 7e arrondissements. Quant aux 1er et 8e, ils ont été “repêchés” récemment puisque l’unique voie baptisée du nom d’un compositeur y est la rue du Chevalier-de-Saint-George, à cheval sur les deux arrondissements.

Les grands absents étrangers

L’absence de Wagner, Mahler et Strauss (Richard, car le “roi de la valse”, lui, a une place à son nom dans le 10e) peut s’expliquer pour des (mauvaises) raisons politiques. Celle de Schumann, en revanche, ne fait guère honneur à Paris ; le mélomane flânant dans le 7e arrondissement pourra avoir un mouvement de joie éphémère en croisant une avenue Robert-Schuman, avant de réaliser qu’avec un seul “n”, il s’agit en fait du père de la construction européenne.
Ignorés aussi Monteverdi – tant pis pour le “fondateur” du genre opéra – et Puccini auquel la ville devrait bien rendre cet hommage, ne serait-ce qu’en souvenir de son opéra La Bohème qui a pour cadre Montmartre, le Quartier latin et la barrière Denfert.
Pas de rue Enesco ni Janacek. On aurait aimé au moins une rue Martinu, en souvenir des dix-sept années que passa le compositeur tchèque dans notre capitale, y fondant un courant qui prit le nom d’école de Paris. Chez les Russes, si Prokofiev a sa rue (dans le 16e), il n’en va pas de même pour Chostakovitch…

Les Français oubliés
Admettons l’absence de Joseph-Guy Ropartz (1864-1955) qui ne vint qu’épisodiquement à Paris, mais que dire de celle d’Albert Roussel (1869-1937), dont le théâtre du Châtelet vient de remonter l’opéra-ballet Padmâvatî, ou de celle de Jacques Ibert (1890-1962) qui fut directeur de la villa Médicis et administrateur de la Réunion des théâtres lyriques nationaux ?
Et les compositrices ?
Seule Lili Boulanger a sa rue à Paris (dans le 9e), mais ni Louise Bertin (pour qui Victor Hugo écrivit son unique livret d’opéra, La Esmeralda, d’après Notre-Dame de Paris), ni Mel Bonis, ni Cécile Chaminade, ni Louis Farrenc, ni Marie Jaëll, ni Pauline Viardot n’ont, à ce jour, été reconnues.
Quant à Germaine Tailleferre, membre du groupe des Six, elle est, avec Louis Durey, ignorée de la toponymie parisienne, au contraire des autres membres du groupe – Auric, Honegger, Milhaud et Poulenc – qui ont tous quatre une rue ou une place à leur nom dans le 19e arrondissement.

En guise de conclusion
Au terme d’une promenade… sur un plan de Paris (nous n’avons pu, faute de temps, aller flâner sur le terrain !), mentionnons quelques noms qui ont attiré notre attention : passage des Orgues (dans le 3e arrondissement), square du Diapason (19e) et cette jolie rue de l’Harmonie (15e). Tout un programme !
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