Aïda, de retour à l’Opéra de Paris

Philippe Thanh 11/10/2013
On attendait un peu d’agitation pour cette Aïda dont la première tombait juste le jour anniversaire de Verdi. Le metteur en scène a été hué, ni plus ni moins que lors d’autres premières à l’Opéra de Paris. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, en somme. Car la mise en scène d’Olivier Py ne démérite pas, mais ne s’inscrira sans doute pas dans ses réalisations les plus marquantes. Quant au plateau, il est inégal alors que l’orchestre est à son firmament.

Le chœur de l’Opéra de Paris dans Aïda (E. Haberer/ONP).

Avant toute chose, il faut saluer l’initiative de Nicolas Joel, d’avoir remis Aïda au répertoire de l’Opéra de Paris. La dernière production, signée Pierre Chéreau, datait de… 1939 ! Il est vrai qu’elle avait fait de l’usage, puisqu’elle avait été remontée, vaille que vaille, jusqu’en 1968. Bref, une nouvelle Aïda après 45 ans, ce n’était pas du luxe.
Les échos qui avaient filtré de la générale, étonnamment huée par une partie des spectateurs invités (même ouverte au public, la générale n’est-elle pas une répétition, c’est-à-dire une séance de travail ?) laissaient augurer d’un scandale à venir. La religion catholique y aurait été outragée.
Or que voit-on dans le spectacle réglé par Olivier Py ? Une transposition de l’intrigue d’Aïda dans l’Italie risorgimentiste (avec quelques extrapolations historiques, comme le char d’assaut de Radamès à la fin du premier acte). Les Ethiopiens en lutte contre les Egyptiens sont devenus des Italiens oppressés par l’occupant autrichien, et les prêtres de Râ ont revêtu les atours du clergé catholique. Résultat : la scène du jugement fait surtout songer à l’autodafé de Don Carlos, avec sa croix enflammée et ses prêtres encagoulés… On peut contester le principe de la transposition (on peut aussi imaginer qu’elle n’aurait pas déplu à Verdi, ex-député du peuple italien), mais on ne peut lui dénier sa cohérence. Reste qu’il est par moments difficile de faire coller le texte du livret aux images. Quant aux décors de Pierre-André Weitz, ils sont – stricto sensu – éblouissants, entièrement dorés et monumentaux, telle cette évocation de la “machine à écrire”, le Vittoriano qui domine la piazza Venezia à Rome.
Distribution inégale, disions-nous, avec un Amonasro sonore mais sans nuances (Sergey Murzaev) ou une Amnéris (Luciana d’Intino) à l’aigu solide mais au médium désormais bien peu audible. Roberto Scandiuzzi est toujours vaillant en Ramfis (l’on veut croire que les quelques huées qui l’ont accueilli aux saluts s’adressaient aux habits épiscopaux qu’il portait…). Encore jeune pour le rôle, Oksana Dyka a tout pour être une grande Aïda : homogénéité de la tessiture, projection, diction, couleur vocale. Plus que dans le « Ritorna vincitor… », la soprano ukrainienne séduit dans un bien beau « Qui Radames verrà… » (soutenu par le hautbois racé de Philippe Giorgi). Enfin, le ténor argentin Marcelo Alvarez s’impose en Radamès par l’élégance d’un chant riche de nuances qui fait oublier très vite ce que l’expression peut avoir de placide.
Les chœurs, si présents dans cet ouvrage, triomphent et témoignent brillamment de tout le travail effectué en quelques années par Patrick-Marie Aubert. Dans la fosse, Philippe Jordan sait se souvenir qu’Aïda ce ne sont pas seulement des trompettes et de grandes scènes martiales. Les passages intimistes sont ici particulièrement soignés et, à cet égard, le final avec l’orchestre qui s’éteint imperceptiblement restera l’un des grands moments de la soirée. (10 octobre)
Philippe Thanh
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