Correspondance Franz Liszt, Richard Wagner, une nouvelle édition

En 1943, sous l’Occupation, Gallimard célébrait le double anniversaire de Wagner en publiant la majeure partie de la correspondance échangée avec Liszt entre 1841 et 1882. Préfacé par le compositeur Gustave Samazeuilh, lui-même traducteur de Tristan et collaborateur notoire, l’ouvrage était riche de 349 lettres.
Révisé en 1988 par Hanjo Hesting pour le public d’outre-Rhin, au prix de retranchements nombreux, ce volume n’avait pas reparu depuis lors. Gallimard le complète aujourd’hui, année du bicentenaire oblige, en offrant cette édition appelée à faire autorité, supervisée par Georges Liébert et Danielle Buschinger.
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N’ont été retenues, dans ces pages, que les pièces dont les manuscrits ont pu être localisés et consultés. Enfin rétablies dans leur forme et leur propos d’origine (Lina Ramann, la première biographe de Liszt, ayant censuré en son temps nombre de notations d’ordre politique, d’allusions à des personnalités encore vivantes), ces lettres documentent les relations profondes, humaines avant tout, qui unirent les deux hommes, la genèse de leurs ouvrages, la nature de leurs désaccords, comme en matière religieuse, leur conception de l’art, des rapports devant s’établir entre musique, drame et poésie. Wagner s’y révèle le plus fragile (« Je vais délaisser les éloges une fois pour toutes, car tu t’élèves au-dessus de tous ! »), le plus avide de discussions théoriques (en particulier lorsqu’il dévoile la structure de la Tétralogie), Liszt s’épanchant moins sur ce thème, cependant qu’il témoigne d’une générosité, d’une fidélité parfaite à l’égard de son gendre (« Comme je te suis reconnaissant, très cher, ami unique, de m’avoir envoyé les partitions de L’Or du Rhin et de La Walkyrie ! Ton œuvre a pour moi l’attraction fabuleuse de la montagne d’aimant, qui cloue à ses flancs bateaux et bateliers »).
Unique en sa forme, le livre ne devrait pas manquer de ravir amateurs et musicologues en ce qu’il est prismatique : habilement mis en perspective, écrits et documents adressés à ou par divers protagonistes (Bülow, la princesse de Sayn-Wittgenstein, Baudelaire…) donnent idée de la façon dont Liszt et Wagner cloisonnaient, sinon censuraient eux-mêmes leurs échanges. L’ensemble devrait bientôt s’éclairer d’une autre correspondance, inédite, celle que Liszt entretint avec le grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach, à laquelle travaille actuellement Nicolas Dufetel.

“Franz Liszt, Richard Wagner – Correspondance”
traduction revue et augmentée par Danielle Buschinger, présentée et annotée par Georges Liébert. Gallimard, 2013, 1 344 pages – 50 €

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