La Chine et la musique

Michèle Worms 14/11/2013
Au cours du 20e siècle, la musique classique occidentale s’est brillamment imposée dans les pays asiatiques. Le Japon et la Corée-du-Sud nous fournissent régulièrement de très grands interprètes.
La Chine s’y adonne à présent, avec un retard dû en grande partie à la Révolution culturelle, pendant laquelle les gardes rouges détruisirent les instruments de musique, tandis que les artistes et les étudiants étaient envoyés se “rééduquer” aux champs.
Elle redécouvre donc cette musique et s’applique à rattraper son retard. Des opéras et des salles de concert ont été construits, ainsi que des conservatoires, notamment à Shanghai et à Pékin. L’industrie a suivi ce mouvement. Elle propose des instruments d’initiation, les fabricants occidentaux conservant, pour le moment,  leur prééminence pour les instruments d’excellence.
Parmi tous les instruments, le piano occupe en Chine une place particulière, car il suscite une véritable passion. On pourrait comparer son histoire à celle qu’il connut dans les pays occidentaux au début du 19e siècle. Le tout jeune piano d’alors avait vite fait fureur. Tous les foyers bourgeois se devaient d’avoir un piano, d’autant plus beau qu’on était plus riche, sur lequel devaient jouer rêveusement les jeunes filles à marier.
Aujourd’hui, en Chine, on évalue à 44 millions les foyers possédant un piano ! Plus on est riche, plus le piano est luxueux. Un piano Steinway baptisé “Charme du dragon” aurait ainsi été vendu pour plus d’un million de dollars ! C’est ce marché illimité que vise le fonds d’investissement américain qui a racheté Steinway.
Comme pour les autres instruments de musique, la Chine inonde le marché mondial de pianos à bas prix. Mais elle n’en reste pas là. Elle achète des marques européennes de qualité mais aussi les grands professionnels qui formeront ses techniciens. Quant aux fabricants encore indépendants, ils sont quasiment contraints, pour survivre, de délocaliser une grande part de leur production en Chine.
Aux débuts du piano, nos techniques d’apprentissage étaient rigides : gammes, exercices cent fois répétés, virtuosité gratuite. On en est encore là en Chine, bien qu’elle commence à s’ouvrir à l’expressivité (voir notre hors-série annuel PIANO 28). Il suffit de citer des noms comme Zhu Xiao-Mei, Yundi Li, Lang Lang, Yuja Wang… et bien d’autres pour voir la percée des pianistes d’excellence.
Les Chinois semblent avoir une préférence pour les compositeurs romantiques : les postures de Lang Lang jouant Chopin sont, elles aussi, très 19e siècle !
Fascinée par la réussite artistique et financière de Lang Lang, la nouvelle classe moyenne va-t-elle nous produire des virtuoses par milliers ? En tout cas, dans un temps où l’universalité de la culture occidentale est largement battue en brèche, la musique classique fait en Asie une percée retentissante.

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