Le soleil noir de Lili Boulanger à Bastille

L’Opéra de Paris a eu la riche idée de rendre hommage à Lili Boulanger, née il y a 120 ans, fauchée par la maladie à seulement 24 ans. Deux “anciens” de l’Atelier lyrique étaient accompagnés par Les Cris de Paris de Geoffroy Jourdain et la pianiste Anne Le Bozec pour une soirée « au cœur des ténèbres » à l’amphithéâtre Bastille, mais des ténèbres étrangement lumineuses.

Hommage à Lili Boulanger à l’amphithéâtre Bastille (M.-S. Leturcq/Opéra de Paris).
 
Un programme thématique et chronologique d’œuvres rares, c’est déjà assez pour être salué ! Programme qui s’ouvrait avec Pendant la tempête : musique sombre, anthracite, décharnée de Lili Boulanger où les flots se soulèvent comme des lames de mort.
Avec sa diction toujours aussi impeccable, le baryton Florian Sempey nous plongeait ensuite dans l’abîme de Pour les funérailles d’un soldat, jouant du contraste avec son timbre puissant et clair. Conçu comme un cycle dont l’économie n’est pas sans rappeler le Via Crucis de Liszt, Cyrille Dubois a donnait ensuite Clairières dans le ciel, sur des poèmes de Francis Jammes. Tendu de part en part dans un registre assez aigu, Cyrille Dubois a su jouer de cette fragilité, du danger permanent de l’extrême étirement de la ligne vocale, à peine soutenu par un piano sublimement dépouillé. Un cycle où brille un soleil noir aux accents debussystes, où l’insondable tristesse n’est jamais complaisante ni déplacée. 
Les Cris de Paris avaient gardé le meilleur pour la fin : le psaume De profundis. Monumentale stèle invocatoire. La direction raffinée, énergique, et le sens des grandes dynamiques de Geoffroy Jourdain en livraient toute l’intensité. Musique protéiforme, archaïsante par son aspect modal et d’une audace harmonique extrêmement moderne, où l’on entend déjà, en 1917, le Poulenc des Dialogues ou de Figure humaine. Au piano, impitoyable et limpide, Anne Le Bozec : un orchestre à elle seule. On est sorti bouleversé, conforté dans l’idée que la petite Boulanger aurait sans doute été l’une de nos grandes compositrices si elle n’avait été fauchée si prématurément… (20 novembre)
Clément Rochefort

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