Les Danaïdes à l’Opéra Royal : faux Gluck ou vrai Salieri ?

En 1784, le jeune Antonio Salieri présente à Paris une tragédie lyrique, Les Danaïdes, sous le nom de son maître, Christoph Willibald Gluck, n’en assumant la paternité qu’une fois le succès assuré ! Deux siècles plus tard, Les Talens lyriques de Christophe Rousset et le Centre de musique baroque de Versailles exhument, à l’Opéra Royal, cette partition bigarrée et plutôt bien troussée.

Christophe Rousset à Versailles (E. Larrayadieu).

Comme Les Mystères d’Isis donnés à Pleyel quelques jours plus tôt, Les Danaïdes sont une passionnante redécouverte de tout un pan du répertoire que l’histoire de la musique – et sa grande hache à chefs-d’œuvre – a condamné à l’oubli. Et pour cause, contrairement à Gluck ou Mozart, il n’y a pas chez Salieri le geste du génie : aucun air absolument inoubliable, pas de trouvailles radicales et beaucoup de redites. Pourtant on ne s’est pas ennuyé un seul instant ! Salieri a parfaitement assimilé toutes les qualités nécessaires à une bonne tragédie lyrique : récitatifs vaguement archaïsants, à la française et progression du drame extrêmement resserrée. Droit à l’essentiel. Reconnaissons-lui également quelques jolies audaces harmoniques ça et là,  un air d’Hypermnestre au dexième acte qui préfiguration étonnamment le belcanto romantique et une musique de bout en bout pleine de vitalité.
Sur scène, Judith Van Wanroij brillait en Hypermnestre, agile, très expressive, dotée d’aigus en lames de rasoir. A ses côtés, Tassis Christoyannis a livré un Danaüs intraitable, très incarné vocalement (beaucoup plus convaincant que son Bochoris des Mystères d’Isis). Philippe Talbot, un peu plus falot, mais heureusement gratifié d’un joli timbre et d’une bonne diction, a finalement bien défendu son Lyncée. Et toujours le plaisir de retrouver l’élégance légèrement déhanchée de Christophe Rousset, à la tête des Talens lyriques en pleine forme, très attentifs à faire de cette musique ce qu’elle est : une musique de scène. (27 novembre)
Clément Rochefort

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