Le retour réussi de Lakmé salle Favart

Philippe Thanh 15/01/2014
Fleuron du répertoire de l’Opéra-Comique, où il fut créé en 1883, le chef-d’œuvre de Delibes y fait un retour plus que réussi après quelques années d’absence. Grâce d’abord à une distribution impeccable.
 

Sabine Devieilhe et Frédéric Antoun (P. Grosbois).

C’est bien la qualité du plateau qui a fait le prix de cette nouvelle production de Lakmé, attendue depuis près de vingt ans (la précédente présentait en alternance Natalie Dessay et Elizabeth Vidal en 1995 ; elle fut reprise en 2000 avec Patricia Petibon à Paris). Ici la jeune Sabine Devielhe (déjà remarquée lors des Dialogues des carmélites à Lyon) semble être née pour incarner la jeune Hindoue. Elle apporte au personnage, plus qu’un suraigu aisé et limpide (l’Air des clochettes enthousiasme la salle, mais on ne saurait réduire le rôle à ce morceau de bravoure), une musicalité constante et le charme d’un timbre chaud et sensuel : à cet égard, l’acte 3 avec sa Berceuse et le duo avec Gérald la montrent à son meilleur. Et ce, d’autant plus qu’elle trouve en Frédéric Antoun le partenaire idéal, qui ne lui cède en rien sur le plan de l’instinct musical et de la qualité de la diction (partagée par l’ensemble des interprètes, ce qui rendait bien accessoire le surtitrage). Le ténor québécois est un Gérald proche de l’idéal, juvénile et fougueux, à la ligne de chant d’une rare élégance (un frémissant « Fantaisie, ô divin mensonge… »). Autour des deux héros, on saluera de la même façon le Frédéric stylé du baryton Jean-Sébastien Bou, lui aussi modèle de chant français, et le Nilakantha de la basse Paul Gay. Sans oublier la Malika d’Elodie Méchain, les Anglaises délicieuses de Marion Tassou et Roxane Chalard (actuellement membres de l’Académie de l’Opéra-Comique) et leur Gouvernante, la mezzo Hanna Schaer, toute de dignité outragée… On retrouvait aussi dans le rôle du fidèle serviteur Hadji, le ténor Antoine Normand, déjà présent dans la distribution de 1995.
Dans la fosse, François-Xavier Roth dirige avec un enthousiasme qui porte ses fruits. Passé une ouverture un peu heurtée, et une fois accoutumé aux timbres parfois un peu râpeux des instruments d’époque, on entend avec plaisir les musiciens des Siècles trouver leurs marques grâce notamment à un pupitre de vents homogène et engagé.
Seul bémol de la soirée, la mise en scène convenue de Lilo Baur qui se contente de suivre l’intrigue (pourquoi pas, au fond ?), mais surtout la direction d’acteur inexistante qui laisse les chanteurs livrés à eux-mêmes, confrontés à un gros tas de terre au premier acte, à un amoncellement de ce qui ressemble à des boîtes de conserve au deuxième acte et à un paquet de cordages sombres au trois. On en venait à regretter l’orientalisme faussement naïf de la production précédente (Gilbert Blin pour la mise en scène et Jean-Noël Lavesvre pour les décors) qui nous plongeait dans l’univers du Tombeau hindou de Fritz Lang ! Mais grâce à l’émotion que suscitait le chant si engagé de Sabine Devieilhe et Frédéric Antoun, cette Lakmé restera dans les mémoires. (14 janvier)
Philippe Thanh
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