L’année Rameau ouvre en beauté à Versailles

Le Centre de musique baroque de Versailles, coordinateur de l’année Rameau (voir ici) a concocté une soirée doublement symbolique pour son lancement officiel : la recréation des Fêtes de l’Hymen et de l’Amour. Symbolique car elle se tenait à l’Opéra Royal de Versailles, où Rameau fut nommé Compositeur de la Cour et pour laquelle il créa cet opéra-ballet en 1747. Symbolique aussi car elle conviait le Concert spirituel d’Hervé Niquet, héritier par le nom de la société de concerts ayant largement servi la musique de Rameau en son temps.

Le Concert spirituel (N. Berg).

Qui dit recréation ou redécouverte dit souvent course aux fonds de tiroirs et exhumation de pseudo chefs-d’œuvre oubliés à bon escient. Soyons bien clair, Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour sont assurément une œuvre maitresse injustement remisée ! Témoignage de la modernité étonnante d’un Rameau en pleine maturité, on l’y surprend à s’essayer, en symphoniste, à des combinaisons instrumentales inédites, usant du chœur de manière quasi haendélienne, et infusant toujours autant de théâtre dans les veines de sa musique ! 
Quel plaisir de retrouver Hervé Niquet en pleine forme, après quelques mois d’absence forcée (souffrant, il n’avait pas pu diriger les Mystères d’Isis salle Pleyel fin novembre). Il a parfaitement compris l’urgence et le bouillonnement qui irriguent ces Fêtes amples, toniques, poussées par un souffle puissant et continuel. Un flux perpétuel charrié par les cordes ardentes du Concert spirituel et ses bois pointillistes – notamment dans la symphonie finale du Prologue. 
Côté vocal, belle distribution dans l’ensemble, malgré un Mathias Vidal en surventilation, un peu trop en force – défaut atténué chez Tassis Christoyannis qui a livré un Canope très en place. En dépit d’un léger résidu d’anglais, Jennifer Borghi s’est illustrée par un bon placement de la voix et une diction extrêmement claire en Myrrine vengeresse. Le Grand-Prêtre trouvait dans la basse d’Alain Buet un autel solide, Chantal Santon, Carolyn Sampson et Blandine Staskiewicz étant sans reproche. Mais le meilleur porte-parole de l’Amour reste, de très loin, le magnifique Reinoud Van Mechelen : voix souple et bien projetée, ornementée avec tact, timbre au cœur fondant… Pas étonnant qu’il ait réussi à faire céder aussi facilement Orthésie, reine des Amazones ! 
Avec ces Fêtes, le CMBV signe donc un lancement prometteur des festivités ramistes. Ne serait-ce que pour le clou de la soirée, le “Débordement du Nil” dans la Deuxième Entrée, on aurait tort de ne pas courir les (ré)entendre au Théâtre des Champs-Elysées le 11 mars ! (13 février)
Clément Rochefort

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