Le pianiste Lorenzo Soulès à la rencontre du quatuor Hermès à Paris

Le dernier concert en date de la saison parisienne des Pianissimes, qui s’est tenu dans la salle du Conservatoire d’art dramatique (Paris 9e), avait pour mérite de réunir pour la première fois le jeune pianiste Lorenzo Soulès – lauréat du Concours de Genève en décembre 2012 – et le quatuor Hermès pour une soirée chambriste de très haute tenue. 

Lorenzo Soulès et le quatuor Hermès (DR).

On le connaît à peine – il vient de publier un premier enregistrement (Nascor, 2013) plus que prometteur du Concerto n°24 de Mozart, mais Lorenzo Soulès est au piano ce qu’Edgar Moreau est au violoncelle : un jeune timide qui s’impose impérialement et avec une maturité époustouflante, dès lors qu’il pose les mains sur le clavier. C’est ainsi qu’il a ouvert le récital, avec la Partita n° 5 en sol majeur de Bach. D’abord inquiet par l’aspect motorique de son interprétation, il n’a pas fallu cinq mesures pour comprendre que chaque note y était pensée, dans un extrême contrôle du son (subtilité de l’alternance des notes piquées et semi-piquées du Tempo di minuetto). D’aucuns pourraient lui reprocher un surcroît d’intentions, un manque de naturel : on aurait tort, car on retrouvait dans son Bach les mêmes qualités décelées dans son enregistrement Mozart : un sens aigu de l’indépendance des voix, une clarté du discours, une main gauche inébranlable, toutes les marques qui font de Lorenzo Soulès un pianiste qui joue aussi avec sa tête !
Le Quatuor n°15 en ré mineur de Mozart nous aura tout autant séduits sous les archets des Hermès, dans une interprétation tout en finesse, sans prétention, très élégante, le premier violon s’abstenant de jouer les concertistes des grands soirs, ce qui confère à ce jeune quatuor un très bel équilibre des voix. La preuve qu’on peut ne pas confondre expressivité et expressionisme !
Quant au Quintette pour piano et cordes op. 44 de Schumann, si l’on s’est amusé de voir avec quelle suprématie impérieuse Lorenzo Soulès reprenait le dessus sur le quatuor quand la partition le lui permettait – notamment dans les gammes exaltantes du scherzo – les Hermès et lui parlaient la même transparence, prenant le temps de comprendre ce qu’ils jouaient. 
Pas d’excès dramatiques, du sang neuf et vivement pulsé : Lorenzo Soulès est à ranger dans la lignée des Cédric Pescia ou des Benjamin Grosvenor. Il fait partie des timides impérieux qui n’ont pas d’âge et dont il est impératif de retenir le nom. (20 février)
Clément Rochefort

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