Editions musicales : quel avenir ?

Michèle Worms 25/02/2014
Il y a trente ans, alors que venait de naître La Lettre du Musicien, l’édition musicale française comptait de multiples entreprises, très différentes de taille et d’esprit.
Parmi les grandes maisons, reines du patrimoine français, Heugel (fondé en 1839), installé rue Vivienne à Paris, éditeur d’Offenbach, Reynaldo Hahn… jusqu’à Pierre Boulez, Betsy Jolas, Henri Dutilleux, Gilbert Amy, avait été déjà cédé aux éditions Alphonse-Leduc en 1980.
Longtemps détentrices des droits des mélodies de Fauré, les éditions Alphonse-Leduc (1841), dans leur immeuble de la rue Saint-Honoré, régnaient sur les orchestres et les théâtres lyriques avec des matériels précieux. Leur plus belle initiative fut, sans conteste, l’édition en 1983 du Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen, partition immense : 2 400 pages pour la partition d’orchestre, plus de 8 000 pour le matériel !
Durand (1869), éditeur des grands noms de la musique française du “moment 1900”, trônait place de la Madeleine, à Paris. Dans un salon, se trouvait le piano à queue sur lequel Debussy et d’autres se plaisaient à jouer en attendant leur éditeur. Durand était très envié, car il détenait les droits de Ravel, dont le Boléro est encore, tous genres confondus, l’une des œuvres les plus jouées dans le monde.
Racheté par Durand en 1986, Max-Eschig (1907), avait une couleur plus internationale. Le fondateur, né en Bohême, fut le roi de l’opérette viennoise ; il publia aussi les grands compositeurs espagnols et sud-américains, ainsi que Martinu, Szymanowski…
Les éditions Choudens (dont la Carmen de Bizet et le Faust de Gounod firent la fortune), Salabert (opérettes, chansons, mais aussi le groupe des Six et aujourd’hui un riche fonds de musique contemporaine) ou encore Henry-Lemoine (des Classiques favoris du piano à Bruno Mantovani)… tenaient également le haut du pavé. D’autres maisons se consacraient au répertoire contemporain, comme Jobert (cédé à Lemoine en 2007).
Après Durand-Salabert-Eschig, aujourd’hui aux mains d’Universal Music, c’est au tour des éditions Alphonse-Leduc d’être rachetées par le groupe Music Sales (lire ici).
Comment se présente maintenant le paysage français ? Des maisons historiques, seul reste Henry-Lemoine (1772). Plus récentes (1896), les éditions Gérard-Billaudot éditent des compositeurs de notre temps et des recueils et méthodes pédagogiques de qualité. Il semble que notre avenir soit à la spécialisation grâce à une pléiade d’éditeurs créatifs.
En Allemagne et en Autriche, cependant, les grandes maisons Schott, Peters, Breitkopf, Bärenreiter, Henle, Universal se maintiennent. Les quatre dernières font un considérable travail de recherche et d’édition (Urtext) qui les rend indispensables. Quant aux Britanniques, ils règnent sur la variété et la musique légère. Ils intégreront désormais dans leurs catalogues Massenet, Franck, Poulenc, Milhaud, Dutilleux… sans état d’âme particulier. Dommage pour l’édition française. Nous reviendrons sans doute sur ce sujet.
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