A quatre mains, de Mozart à Stravinsky

Alain Pâris 27/02/2014
La charmante pratique du piano à quatre mains a été longtemps synonyme de musique de salon réservée à une société d’élite cultivant le raffinement et l’élégance comme vertus premières. C’est évidemment loin d’être le cas. Analyse de quelques nouvelles éditions.

Quatre mains pour un Sacre

Si une part du répertoire de ce que les Anglo-Saxons appellent “piano-duet” peut correspondre à ce cliché, elle reste mince face à une abondante littérature mal explorée. L’exemple le plus frappant qui va à l’encontre du cliché, c’est la réduction du Sacre du printemps réalisée par Stravinsky lui-même.
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Pour le centenaire de la création, Boosey & Hawkes propose un nouveau tirage de l’édition originale (1926 pour la transcription) revue en 1947. Il y a de quoi s’amuser, mais, grâce à la présentation en systèmes superposés, on se perd moins facilement. Inutile de chercher à reconstituer le son du basson initial ou de la flûte en sol. C’est une autre œuvre que nous invite à explorer le compositeur. L’art de la transcription poussé au plus haut point.

Les maîtres, Mozart et Schubert

Tous les grands classiques viennois ont contribué à enrichir ce répertoire. Et pourtant, quand on parle de piano à quatre mains à propos de Mozart ou de ­­­­­­Beethoven, on pense d’emblée aux réductions des symphonies grâce auxquelles bon nombre d’entre nous ont découvert cet univers. La musique originale de chacun d’entre eux ne manque pas d’intérêt. Mozart a composé quatre sonates, un Andante avec variations et plusieurs mouvements isolés. L’ensemble est regroupé dans un volume tiré de l’édition monumentale Bärenreiter, avec des transcriptions des pièces écrites pour orgue mécanique ou horloge musicale. Mozart a écrit les premières œuvres pour les jouer avec sa sœur Nannerl. Rien de commun avec la Sonate en ut majeur, K 521, probablement conçue pour deux pianos et ramenée à un seul instrument tout en conservant la virtuosité de chaque partie. Schubert n’est pas loin, lui aussi adepte de ce genre rare pour lequel il a écrit plus généreusement que Mozart. C’est le troisième volume de ses œuvres pour piano à quatre mains que publie Bärenreiter, les plus tardives, avec la fameuse Fantaisie en fa mineur, D 940. On y trouve aussi quelques mouvements isolés et les Variations sur un thème de l’opéra “Marie” de Hérold, D 908. Quel contraste entre la poignante fantaisie et les légères variations que Schubert devait “pratiquer” avec de charmantes élèves au cours de ses schubertiades. Attendons les deux premiers volumes, le répertoire schubertien pour piano à quatre mains représente l’équivalent de 7 CD ; il y a de quoi faire.

Beethoven, en mode mineur

Les œuvres que Beethoven a destinées aux mêmes praticiens sont de moindre importance : la gentille Sonate en ré majeur op. 6 est assez pâle face à ses antécédents mozartiens et les deux cycles de variations sont loin d’avoir la densité et l’originalité des Variations Diabelli ou de celles en ut mineur. Néanmoins, elles témoignent de la contribution de Beethoven à un genre en vogue dans les salons viennois. Henle reprend le volume publié en 1966 (volume séparé en 1979) en y ajoutant une nouvelle introduction, un commentaire critique et des corrections dues à l’apport de ce commentaire publié seulement en 2011.
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