Mitridate de Mozart au Conservatoire de Paris

Dans le cadre du cycle “Mozart enfant” de la Cité de la musique, les élèves du département des disciplines vocales et de la direction des études chorégraphiques du Conservatoire de Paris ont monté Mitridate, re di Ponto en version scénique. Une production enthousiasmante, simple et efficace, tout à l’honneur du Conservatoire !
 

Mitridate au Conservatoire de Paris (F. Ferranti/CNSMDP).

Pour rendre la clarté tout racinienne du livret, Vincent Vittoz a opté pour un décor épuré à l’extrême et jalonné de symboles forts (un trône, une épée, un manteau...). Parfois parasites dans certaines productions, les interventions narratives des danseurs, mises en valeur par la quasi nudité du plateau, servaient de traduction corporelle aux sentiments mis en jeu. Soulignement du pouvoir particulièrement réussi lors de l’entrée en scène de Mitridate avançant au milieu d’un charnier grouillant et soumis.
Du côté de la distribution, les inégalités inhérentes à une sélection exclusivement “scolaire” ne doivent pas éclipser des talents prometteurs, à commencer par la magnifique Laura Holm. Incarnation naturelle d’Ismène reposant sur une assise vocale solide, Laura Holm est un fruit déjà mûr, épanoui, dont l’aisance laisse à penser qu’elle pourra se glisser dans bien d’autres répertoires sans difficulté. Jeanne Crousaud aussi a plus d’un atour – sublime dans la cavatine « Pâles ombres » à l’acte III – bien que son soprano plus effilé la destine peut-être davantage aux terres baroques. Dommage que la technique complètement acquise d’Anne-Sophie Honoré en Sifare ait été voilée par un je-ne-sais-quoi de métallique dans le timbre. Même aisance stylistique et technique pour le ténor Enguerrand de Hys en Mitridate, doublée d’une présence scénique et corporelle complètement intégrée, malgré un timbre qui mériterait d’éclore et de s’épaissir davantage.
Mais la vraie surprise de ce Mitridate venait de la fosse où s’est révélé un mozartien de premier ordre : David Reiland. Toute la sève du jeune Mozart était là, sous sa direction contrastée, intelligemment sensible et ultra vitaminée. L’actuel directeur musical de l’Orchestre de chambre du Luxembourg a littéralement galvanisé l’Orchestre du Conservatoire à qui l’on aura vite pardonné quelques cordes pas toujours parfaitement justes. Galvanisé aussi, le continuiste du premier acte nous aura gratifiés d’un clavecin fleuri, roboratif, débordant de vitalité, faisant vivre avec humour, les récitatifs qui chez Mozart semblent parfois s’étirer… (26 février)
Clément Rochefort
 
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