Hommage à Gabriel Dupont à l’amphithéâtre Bastille

Introduit par Christophe Ghristi, directeur de la dramaturgie à l’Opéra de Paris, ce concert du cycle “Convergences 1914-2014” rendait hommage, après Apollinaire et Lili Boulanger, à Gabriel Dupont (1878-1914), disciple tôt disparu de Gédalge et Massenet


(DR)

Savoureuses et franches comme les comptines populaires que Maupassant distille dans les nouvelles de son pays, les trois Chansons normandes du Caennais Gabriel Dupont, tissées avant l’obtention de son second prix de Rome (1901) sur des poèmes de Blémont, n’ont pas souffert de leur proximité avec le chef-d’œuvre de Debussy, La Damoiselle élue (1888), dont Patrick Marie Aubert, à la tête du Chœur de femmes de l’Opéra de Paris, souligna le raffinement pré-raphaélite et la puissance d’évocation symboliste avec un art issu d’une enviable tradition nationale : phrasés, diction, lyrisme. Andreea Soare (soprano) et Julie Pasturaud (récitante) prêtèrent leur voix pures au bel ensemble.
Nicolas Stavy, qui venait d’enclore tout un orchestre entre ses mains, égrena ensuite, en soliste, le cycle complet, si rarement donné en concert, des Heures dolentes (1903-1905) – recueil autobiographique mélancolique et passionné, disant le drame d’un musicien que la tuberculose devait emporter à 36 ans. Piano de grand style, richement timbré, déclamé avec goût, sans rechercher l’effet, dont le mérite premier (non le moindre), fut de restituer Gabriel Dupont dans la vérité de son idendité, en dépit de filiations évidentes : Debussy, Fauré, Chabrier, sinon même Satie ou Caplet, compatriotes de Honfleur et du Havre. Tendre innocence (le « Ainsi font les marionnettes » des Enfants jouant dans le jardin), noirceur baudelairienne (La mort rôde), charme désuet des Coquetteries, angoisse des Hallucinations… Succès considérable, renforcé par l’émouvante présence dans la salle de 28 (!) descendants du compositeur, venus spécialement de Nice, Genève et Tokyo pour entendre l’œuvre de leur aïeul.
Rappelé trois fois, Nicolas Stavy offrit en bis la première des Images oubliées, en fa dièse mineur, notée « Lent, mélancolique et doux » (1894), que Presser ne publia qu’en 1977, 15 ans après la mort d’Alfred Cortot qui en possédait le manuscrit. (23 avril)
Frédéric Gaussin

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