Mécénat en 2010 : plus d’entreprises, mais des budgets moins importants

08/11/2010
Tous les deux ans, Admical-Carrefour du mécénat d’entreprise mène une enquête avec l’institut de sondages CSA sur le mécénat d’entreprise en France. Les résultats de l’enquête ont été publiés lors d’un colloque consacré aux enjeux et perspectives du mécénat, tenu à Paris le 11 octobre. Comment le mécénat culturel s’en sort-il ? Décryptage.
Les chiffres sont sans appel : en 2010, 380 millions d’euros ont été consacrés au mécénat culturel, alors qu’en 2008, le montant était de 975 millions d’euros. Le budget global du mécénat baisse, lui, de 20 % par rapport à celui de 2008. La crise financière et économique est passée par là, mais ce n’est pas la seule explication. Une telle baisse traduit une évolution en profondeur de la pratique française du mécénat d’entreprise.

Qui sont les entreprises mécènes ?
« La situation est paradoxale : même si le mécénat baisse de manière globale, il y a davantage d’entreprises mécènes », constate Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap (Conseils, analyses et perspectives). En effet, 27 % des entreprises sont mécènes contre 23 % en 2008. « L’essor du mécénat est surtout marqué dans les entreprises de 200 salariés et plus. Plus de quatre entreprises sur dix sont mobilisées dans cette catégorie », note Isabelle Panhard, directrice d’études à l’institut CSA.
Si de nombreuses entreprises hésitent aujourd’hui à se lancer dans une activité de mécénat, c’est à 55 % pour des raisons financières. D’où la proposition d’Olivier Tcherniak, président d’Admical*, de modifier la loi de 2003 mise en place par Jean-Jacques Aillagon (lire l’entretien ci-contre). On notera par ailleurs que 31 % des responsables d’entreprises interrogés ne connaissent pas les possibilités de réduction d’impôts liées au mécénat ; rappelons que 66 % du montant des dons sont déductibles des impôts. Autre chiffre non négligeable : 85 % des entreprises mécènes sont des PME. Un mécénat de proximité à ne pas sous-estimer, même s’il est bien plus discret que les actions événementielles des grands groupes. A noter enfin que 59 % des entreprises mécènes sont des entreprises de service. « Ce pourcentage est représentatif du tissu économique français. Il n’y a pas de secteur proportionnellement plus mécène qu’un autre », remarque Isabelle Panhard.

Quels sont les budgets du mécénat ?
Près de 60 % des entreprises développent un mécénat lié au social, à l’éducation ou à la santé. C’est la conséquence de la désormais fameuse RSE (responsabilité sociale des entreprises), chère au gouvernement. Grande surprise de cette étude : en deuxième place arrive le mécénat sportif (48 % des entreprises), qui intéresse particulièrement les PME, surtout en province. Le mécénat culturel est, quant à lui, relégué en troisième position, 37 % des entreprises consacrant leur mécénat à ce domaine.
« Il y a une montée en puissance du mécénat croisé : rares sont les entreprises à soutenir un seul domaine. Le sport est propice à ces croisements, car il peut être lié au social, à l’éducation ou même à la culture. Il faut néanmoins faire attention au fait que, dans le domaine sportif, la frontière entre mécénat et sponsoring est ténue, par exemple quand une PME soutient un club de sa ville », observe Bénédicte Menanteau, déléguée générale d’Admical, avant d’ajouter qu’« en temps de crise, le mécénat culturel est parfois vu comme un luxe».
Or, justement, c’est en temps de crise que les associations culturelles ont plus que jamais besoin de soutien. Par ailleurs, sans un Etat volontariste, notamment dans le domaine culturel, les entreprises sont moins incitées à soutenir des projets. Au moment où les entreprises projettent des plans sociaux et des délocalisations, soutenir une structure culturelle serait-il devenu moralement inacceptable ?

Quelles sont les pratiques du mécénat ?
Les actions de mécénat se font à 79 % au niveau local, à 29 % au niveau national et à 14 % au niveau international. Par rapport aux chiffres des années précédentes, on constate une progression du mécénat de proximité, preuve que les entreprises cherchent à développer leur ancrage local au détriment de l’international. Parmi les différentes formes de mécénat, c’est le mécénat financier qui est privilégié (à hauteur de 83 %), contre 36 % pour le mécénat en nature et 21 % pour le mécénat de compétence, qui consiste à mettre du personnel de l’entreprise à la disposition d’une association.
Dans les grandes entreprises, les fondations ont désormais des plans d’actions de mécénat établis sur plusieurs années, ce qui a permis de faire face à la crise. « Notre mécénat est sanctuarisé dans les budgets avec une enveloppe pour cinq ans », explique Gilles Vermot-Desroches de Schneider Electric. De son côté, Caroline Gastaud, d’Ikea France, observe que « comme notre entreprise n’est pas cotée en Bourse, nous pouvons avoir davantage une vision à long terme ». La situation est différente dans les PME, comme nous l’explique Marc Hofer, qui dirige la société Nextim : « Puisque, à la suite de la crise, nous pouvons moins nous impliquer au niveau financier, nous essayons de compenser avec des dons en nature. »

Quelles conséquences pour la musique classique ?
L’étude du CSA ne donne pas d’informations concernant précisément le mécénat dans la musique classique. Mais les témoignages de directeurs de structures nous permettent de juger de la situation dans ce domaine après la crise économique. Il ressort que, globalement, les grandes institutions sont relativement peu touchées. « Nous avons été très inquiets, mais au final nous avons plutôt bien réussi à traverser cette crise, affirme Bernard Foccroulle, directeur du Festival d’Aix-en-Provence. En renforçant nos équipes de mécénat, nous sommes parvenus à compenser le tassement des aides des grandes entreprises par un développement du mécénat individuel et du club des entreprises locales. » Le mécénat représente 16 % du budget du Festival d’Aix-en-Provence.
Anne Blanchard, directrice du Festival de Beaune, nous confirme que « les deux mécènes du Festival, Orange et la Caisse des dépôts et consignations, sont toujours présents. Par contre, nous avons du mal à développer un mécénat local. Les entreprises n’en comprennent pas l’intérêt ou bien le prennent pour du sponsoring. Et certaines nous demandent en échange de leur aide un tel nombre de places gratuites que leur soutien ne nous apporte plus rien ! ».
Du côté de la Fondation de Royaumont, la responsable du mécénat, Anne-Sophie Autran, remarque : « Les entreprises apprécient plus que jamais les valeurs que nous véhiculons, anti "bling-bling". Par ailleurs, je note que les mécènes soutiennent particulièrement les projets mêlant social ou culture ou les actions pédagogiques. Toutefois, hormis le mécénat de Spie, les entreprises préfèrent soutenir l’investissement plutôt que le fonctionnement d’une structure, ce qui peut se révéler problématique. »
Mais les petites structures sont, elles, directement touchées par la baisse du mécénat. L’orchestre Lamoureux a, par exemple perdu son unique mécène, le groupe Grant Thornton. Plus que jamais, les entreprises semblent chercher à associer leur nom à des institutions prestigieuses, loin d’une démarche de découvreur de talents qui a pourtant longtemps caractérisé le mécénat. Bénédicte Menanteau a raison de le rappeler : « Une politique de mécénat permet à une entreprise de se différencier par le haut. Mais les retombées en termes d’image doivent rester un effet vertueux et non pas constituer une finalité. » Seule information rassurante de l’étude CSA-Admical : 83 % des entreprises disent vouloir accroître ou stabiliser leurs actions de mécénat dans les deux ans. A suivre...
Antoine Pecqueur

Sur le même sujet lire aussi : "Le mécénat devient un outil de communication", entretien avec Olivier Tcherniak.

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