A propos de la gestuelle des pianistes

Juliette Duval 29/11/2010
Bertrand Ott, pianiste et auteur du livre Liszt et la pédagogie du piano, réagit à l’article "On surjoue beaucoup..." de notre collaboratrice Juliette Duval (paru dans Piano 24).
Vos références par rapport aux tendances de certains pianistes actuels sont fort bien tranchées et votre conclusion : « Il est peu de dire que la question de la gestuelle du pianiste fait débat » est extrêmement lucide et judicieuse.
Me permettez-vous cependant d’ajouter que, malgré la très respectable honnêteté intérieure d’un Pierre-Laurent Aimard ou l’extériorisation d’un David Kadouch ou encore les complicités sonores autant que visuelles avec la musique d’un Lang Lang, se cache un problème de fond et plutôt et sans doute une solution à découvrir, sans se contenter d’oppositions et de contradictions juxtaposées.

Surjouer ou jouer véridiquement ?
La cause du geste est-elle, en effet, une surenchère courtisane pour impressionner un public plus sensible au spectacle qu’à la seule musique ? Ou bien est-ce que, sur un autre plan, une gestique n’est pas aussi une conséquence obligée de la technique pratiquée pour l’interprétation ? Vous faites, d’ailleurs, bien pressentir tout cela dans votre texte et, bien sûr, c’est l’origine d’une gestique plus ou moins sincère et authentique qui provoque toutes les questions qu’on peut se poser : surjouer ou jouer véridiquement ? Donner l’impression visuelle de surjouer alors qu’on joue très sincèrement ? Jouer pudiquement pendant qu’on ressent la musique profondément ? Jouer avec une concentration apparente et figée qui vient d’un non-engagement émotif ? Oui, beaucoup de questions à poser si on ne se fie qu’aux apparences et qui peuvent, à juste titre, comme le dit Pierre-Laurent Aimard, faire se profiler, entre autres, une servilité du marketing.

S’effacer, jusqu’à quel point ?
Par ailleurs, je ne crois pas que l’expression « s’effacer devant l’œuvre » soit adéquate (sinon en tant que contre-pied face à trop d’extraversion) à cause du risque de devenir aussi une forme de pose du côté d’une humilité trop volontaire et construite : s’effacer peut-être, mais jusqu’à quel point, puisque trop d’objectivité peut aussi mettre en déroute une belle interprétation ?
Il me semble que tous ces questionnements face à une attitude extérieure et les quelques réponses qu’ils peuvent susciter ne font que cacher un faux problème, car s’effacer devant quelque chose c’est peut-être risquer de ne plus s’engager, et s’emparer de quelque chose en gesticulant, c’est peut-être manquer de respect. Alors que reste-t-il si ce n’est une vue globalisante qui me paraît annuler toutes ces conceptions et ces soubresauts artistiques à court terme : être acteur de l’œuvre musicale, seul vécu éloignant d’un contexte social superficiel, des entorses de la carrière et d’une vie plus stressante qu’épanouissante.

Pour une vue globalisante
[... ] Dans votre article, vous avez soulevé de réels problèmes d’actualité et vous avez su y placer toute votre compétence : les très bonnes questions ont été mises sur le tapis, en effet ; mais s’il y a jeu (jeu de mot facile, je vous l’accorde, avec le jeu du piano), aucun jeu ne peut rester cohérent s’il ne contient pas une aimantation obligée vers une règle finale globalisant par son caractère de synthèse tous les conseils et analyses précédents et pourtant nécessaires.
A chacun de prendre ou ne pas prendre ce qui est proposé, même si ce qui est proposé a été mûrement pensé.
Bertrand Ott

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Mots clés :
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous