Castor et Pollux de Rameau à Dijon

Barrie Kosky a beau être le nouveau et fier directeur artistique de l’Opéra-Comique de Berlin - élu maison d’opéra de l’année en 2013 par la critique internationale ! -, sa mise en scène de Castor et Pollux à l’auditorium de Dijon, avec Le Concert d’Astrée d’Emmanuelle Haïm, n’a malheureusement rien du Rameau de l’année...
Mise en scène intimiste, concentrée dans une boîte en contreplaqué vide, simplement envahie, quand l’action le requiert, d’un énorme tumulus plutôt efficace. Il faut bien reconnaître que Barrie Kosky a le sens de l’image. La mise en terre de Castor, saisissante, les scènes de bagarre ultra-réalistes, la transformation des deux frères en constellation - un faisceau de paillettes argentées s’élevant vers le ciel depuis deux paires de chaussures vides - sont de l’ordre du sublime, sans oublier une excellente direction d’acteurs : les corps y sont sans cesse exploités, violemment et sensuellement, mais toujours avec justesse et naturel. Reste que la lecture de l’œuvre - s’il y en a une ! - s’appesantit maladroitement sur l’hystérie féminine de Télaïre et Phoebé, confinant parfois au grotesque, lorsque, par exemple, une main sortie des enfers entreprend une petite gâterie entre les cuisses de Phoebé alors qu’elle chante : « Pénétrez ce séjour, impénétrable au jour ». Jeu sur les mots qui peut prêter à sourire, mais assurément sans rapport avec l’œuvre de Rameau ! Humour mal placé qui tient peut-être, en réalité, du "tic" de mise en scène qui consiste à systématiquement faire des démons de l’Hadès un troupeau licencieux décadent.
D’un point de vue vocal, l’opéra aurait dû s’intituler "Télaïre et Phoebé" plutôt que Castor et Pollux ! Emmanuelle de Negri et Gaëlle Arquez incarnent un duo sororal magnifique et intense, vocalement et scéniquement accompli, même si - l’apanage des méchants ? - Gaëlle Arquez crève l’écran par une sensualité jalouse et sauvage. Une vraie tragédienne, qui se fait ainsi pardonner sa diction pas toujours très claire. Les deux héros ont eu moins de chance : si Henk Neven a le muscle et la présence suffisante pour incarner un Pollux courageux, capable de l’ultime sacrifice, le Castor de Pascal Charbonneau, frêle à passer par le chas d’une aiguille, gagne à trépasser assez rapidement. Bons seconds rôles, en revanche, en particulier le solide Jupiter de Frédéric Caton et le Mercure styliste d’Erwin Aros.
Si le chœur du Concert d’Astrée, un peu débraillé au début, s’est heureusement rassemblé par la suite, dans la fosse, Emmanuelle Haïm, toujours à la recherche d’une indéniable propreté, rate le théâtre intense de Rameau. Chœurs trop carrés, battue métronomique, contrastes limés : même l’air de Télaïre « Tristes apprêts », censément déchirant, n’est qu’à peine émouvant. Bref, ce Castor et Pollux dijonnais, s’il ne manque pas de qualités éparses, reste loin d’être inoubliable. (28 septembre)

 

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