Les Contes d’Hoffmann s’imposent à l’Opéra de Rouen

Une nouvelle production du dernier opéra d’Offenbach a fait l’ouverture – en beauté – de la saison lyrique rouennaise, dans une mise en scène du maître des lieux, Frédéric Roels. Reprise prévue à l’Opéra royal de Versailles, mi-octobre. 

Loin de la féérie spectaculaire de Jérôme Savary ou de la noirceur décadente d’Olivier Py, Frederic Roels propose une représentation intimiste d’un désenchantement amoureux tragique. Filant la métaphore de la loge de Stella, dernier carré de l’intimité de la belle à conquérir, il développe un jeu de boîtes et d’espaces, évocation de boîte de poupée, boîte échangiste, cabine d’essayage, bunker macabre, autant de lieux clos (ou boîtes à secrets de l’âme ?) où se jouent les passions des cœurs et des corps.

Pour conter la désillusion amoureuse, Roels convoque un véritable théâtre des illusions, au delà de la magie déjà décrite dans le livret. Dès le prologue, dès lors que le sol bien solide de la taverne se dresse à la verticale, se transforme en rideau du palais Garnier et se lève, il escamote les repères trop certains. Notamment avec cette image récurrente du rideau de Garnier, mais plus subtilement qu’un simple jeu de théâtre dans le théâtre, il entretient ensuite le doute et crée une frontière floue entre fiction et réalité sans qu’il soit possible de savoir où l’on se trouve, devant ou derrière le rideau. Jusqu’au magnifique tableau final, retour à la réalité nue, nue comme le plateau dépouillé jusqu’au mur de fond de scène ou traînent les vestiges des folles amours déçues d’un Hoffmann ivre et hagard.

La distribution des rôles principaux est très homogène. On est séduit par l’Hoffmann de Florian Laconi : puissance radieuse mais aussi capacité d’alléger avec grâce lorsque c’est nécessaire, il est impressionnant à ce point qu’on en oublie presque à quel point le rôle est exigeant. Prise de rôle remarquable pour Fabienne Conrad qui interprète les rôles féminins avec une très belle présence scénique et des qualités vocales admirables pour assurer un emploi aussi vaste, dont des pianissimi aigus filés ou piqués exceptionnels. Laurent Alvaro, souffrant, était néanmoins très convaincant dans les quatre "rôles noirs" : la voix de l’emploi et une technique impeccable pour composer avec sa gêne : on ne l’a pas applaudi par complaisance. A noter aussi le chant très élégant d’Ines Berlet en Nicklausse, les valets très bien campés par Carlos Natale et le très bien chantant Marcel Vanaud en Luther et Crespel. Le chœur Accentus en pleine forme avec une mention spéciale pour la souplesse et l’homogénéité des voix d’hommes. Dans la fosse, performance de très bonne tenue de l’orchestre sous la direction ultra attentive et nuancée de Jonas Alber. (5 octobre)

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