Castor et Pollux de Rameau aux Champs-Elysées

Quinze jours après la production cosignée par Barrie Kosky et Emmanuelle Haïm à l’Opéra de Dijon, le théâtre des Champs-Elysées à Paris propose sa propre version de la tragédie de Rameau, avec le metteur en scène Christian Schiaretti et le Concert Spirituel d’Hervé Niquet. Deux productions complètement opposées ! Mais il se pourrait bien que notre Castor et Pollux idéal soit un croisement des deux...

A Dijon, on avait apprécié la direction d’acteur, physique, et le sens de l’image de Barrie Kosky, non dépourvu de cohérence, regrettant toutefois une lecture assez pauvre et de nombreux tics de mise en scène. A Paris, celle de Schiaretti déçoit plutôt : costumes et décors assez éculés, entre tragédie classique stylisée et péplum grossier, sans grande cohérence esthétique. Et il faudrait sans doute arrêter définitivement de fabriquer des cuirasses bodybuildées en plastique... Qu’il s’agisse de la chute symbolique du quatrième mur au début de la tragédie, installant Telaïre et Phœbé dans une réplique du hall du théâtre de l’avenue Montaigne ou de la scène des Enfers, saturée de fumée, de jeux d’ombres chinoises et de monstres de pacotille massivement éclairés, aucune image ne touche vraiment ni n’inquiète à cause de son excès d’artifice. Quant aux chorégraphies jusqu’à plus soif d’Andonis Foniadakis, faussement modernes et d’un mimétisme superflu, on s’en serait passé. L’option de Barrie Kosky à Dijon, consistant à oublier les danses au profit d’un continuum théâtral, paraît finalement un très bon choix !

A Dijon, le duo féminin avait crevé l’écran, à l’inverse des deux héros, très en-dessous. A Paris, au contraire, on a trouvé en Edwin Crossley-Mercer un Pollux un peu en force, certes, mais à la hauteur de l’incandescence du rôle, à côté d’un John Tessier, Castor tirant lui aussi un peu sur la corde, mais nettement au-dessus de son homologue dijonnais. En revanche, si Michèle Losier incarnait une Phœbé dramatiquement plutôt convaincante, la Telaïre d’Omo Bello, que l’on attendait, aura déçu par sa fragilité vocale : pas de grave et un placement de voix extrêmement fragile. Bons seconds rôles cependant, avec le Jupiter solide de Jean Teitgen, la Cléone prometteuse de Hasnaa Bennani, et surtout le toujours magnifique Reinoud van Mechelen, qui mériterait qu’enfin on lui confie des rôles de premier plan !

Grande différence d’avec Dijon en revanche, la fosse et le chœur. Après la ligne blanche d’Emmanuelle Haïm et du Concert d’Astrée, le théâtre était au rendez-vous avec le Concert spirituel. Chœur et orchestre gonflés à bloc, sous la baguette d’un Hervé Niquet impétueux : des contrastes, du drame, de la puissance et du feu ! Un peu trop peut-être à certains moments, Hervé Niquet emportant tout sur son passage, aspirant la première partie dans un vortex vertigineux où le pauvre « Tristes apprêts... » n’a pas trouvé l’occasion d’éclore dans toute sa douleur. Il aura fallu l’entracte pour désamorcer un peu la fougue du chef et laisser finalement les dernières scènes respirer magnifiquement. (13 octobre)

 

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous