Olivier Vernet : 50 ans et 100 enregistrements !

Suzanne Gervais 16/10/2014
Avec deux nouveaux CD, l’un consacré à Carl Philipp Emanuel Bach, l’autre à des Salve Regina, l’organiste titulaire de la cathédrale de Monaco se retrouve à la tête d’une importante discographie (Ligia Digital). L’occasion de faire le point avec lui.
Vous venez d’enregistrer votre centième disque. Est-ce un aboutissement ?

Je ne savais pas qu’il s’agissait du centième disque. C’est mon éditeur qui me l’a fait remarquer. En fait, ce sont surtout les intégrales qui ont fait s’emballer le compteur ! Je vis les enregistrements comme une photographie à un moment donné. Alors je préfère penser que cette première centaine n’est qu’une étape !

Quel est l’intérêt de l’œuvre pour orgue de Carl Philipp Emanuel Bach ?

Malgré l’ombre imposante de Johann Sebastian, Carl Philipp a développé son propre langage : sensible, avec des effets de clair-obscur, des enchaînements étranges et imprévus. Alors que le père était organiste virtuose, le fils délaissa quelque peu cet instrument. Il laisse cependant de très belles Sonates, des Fugues et des Chorals, ainsi que deux magnifiques Concertos.

Votre autre disque est consacré à la musique religieuse française du 20e siècle. Pourquoi ce choix ?

L’orgue flambant neuf de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Immaculée Conception de Monaco était tout indiqué pour ce type de programme, conçu autour du Salve Regina et de la dévotion à la Vierge. Il présente diverses pièces sur ce célèbre thème, par des compositeurs du 20e siècle et d’aujourd’hui.

L’orgue reste un instrument assez marginal. Quelle est votre démarche pour le rendre accessible ?

Comme vous pouvez le constater avec ce CD "Salve Regina", j’attache une grande importance au rôle liturgique de l’orgue, mais c’est justement ce rôle qui l’a cantonné dans les lieux de culte. Ce qui, dans notre société laïque, l’a rendu marginal. Car en France (qui pourtant est le berceau de la plus grande école d’orgue du monde), l’image de l’orgue n’est presque que religieuse. Cette sacralité pesante l’a progressivement exclu des salles de concerts. Seul l’auditorium Maurice-Ravel de Lyon peut s’enorgueillir d’un grand-orgue. A Paris, on attend avec impatience les nouveaux instruments de Radio France et de la Philharmonie. 
Outre cette diffusion dans les salles de concert, je pense que le répertoire joue un rôle important dans l’accessibilité de l’instrument. Ma démarche consiste à proposer des expériences nouvelles, y compris dans des associations parfois périlleuses en termes de mise en place : quatre orgues positifs et orchestre ("Concertos de Bach" avec la regrettée Marie-Claire Alain, Frédéric Rivoal et Bruno Morin en 2000), orgue et comédien ("La disgrâce de Jean-Sébastien Bach" avec Alain Carré en 2004), orgue à quatre mains (par exemple "Pasión" avec Cédric Meckler en 2011), orgue et piano (les Poèmes symphoniques de Liszt avec Laurent Cabasso en 1998, les Concertos de Brahms à huit mains avec Cédric Meckler et les sœurs Lafitte en 2013).
Je crois aussi beaucoup au pouvoir de l’image. On n’aurait pas l’idée d’assister à un récital de piano en tournant le dos à l’interprète. C’est pourtant ce qui arrive lors d’un concert d’orgue. Il m’apparaît donc important de retransmettre sur écran géant l’image de l’organiste. On trouve d’ailleurs de plus en plus de vidéos de concerts ou d’enregistrements sur YouTube.

 

Olivier Vernet, bio express

1964 Naissance à Vichy. Etudie l’orgue avec Gaston Litaize, Marie-Claire Alain, Michel Chapuis...
1988 CA de professeur d’orgue
1990 Premier prix d’orgue au Conservatoire de Paris
1991 Grand Prix international d’orgue de Bordeaux
2006 Titulaire des grandes orgues de la cathédrale de Monaco
2014 Parution de son 100e disque chez Ligia

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