Siroe à Versailles, une redécouverte signée Hasse

A l’instar de Rolando Villazon en 2011, le contre-ténor Max Emanuel Cencic s’est, lui aussi piqué, de passer à la mise en scène. C’est maintenant chose faite, avec la redécouverte d’un opera seria de Hasse, Siroe, Roi de Perse, donné pour la première fois en France à l’Opéra royal de Versailles.

Vedette incontestable de son temps, rival de Haendel avec ses quelque 56 opéras, Johann Adolph Hasse est l’un des grands maîtres de l’opéra à numéros du 18e siècle. Avec ses arias extrêmement développées, il est, lui aussi, l’un des pères du belcanto, mais d’un belcanto encore baroque. Ce qu’est Siroe, avec son intrigue-prétexte signée Metastase, offrant au compositeur tous les affects traditionnels de la palette obligée de l’opéra : frères ennemis, femme passionnée, fille vengeresse et père vindicatif. Mais l’intérêt principal de cette redécouverte réside dans la mixité des influences de la musique de Hasse : Vivaldi à la base, Mozart en surimpression, et une vivacité rythmique et harmonique qui annoncerait par moment ce que Gluck écrira quelques années plus tard. Une musique efficacement servie par l’ensemble Armonia Atenea sous la baguette alerte et pleine d’inventivité de George Petrou, parfaite pour faire oublier la monotonie intrinsèque qui menace presque toujours l’opera seria !

Sur scène, Julia Lezhneva brille en Loadice, virtuose de la vocalise, quitte à compromettre, par moments, la justesse et ses respirations. Max Emanuel Cencic jouit toujours du même tonus vocal, son léger "grain" dans le timbre offrant une consistance adéquate à Siroe, héros sans doute le plus consistant humainement. Dommage, cependant, que la virtuosité étouffe par moments la clarté du texte. Mais après tout, dans Siroe, c’est le chant qui l’emporte ! On a fait aussi de belles découvertes : de la soprano américaine Lauren Snouffer dans le rôle travesti d’Arasse d’une part, agile sans déperdition musicale et dotée d’une articulation naturelle et fluide, et du ténor espagnol Juan Sancho d’autre part, moins brillant dans les airs mais le plus habile de tous à animer les récitatifs.

Qui, mieux qu’un chanteur lui-même, sait ce qui offre aux chanteurs un confort optimal ? C’est ainsi que la mise en scène de Max Emanuel Cencic consistait en un plateau seulement habillé d’un cyclorama au lointain projetant des oasis luxuriantes et de quelques moucharabiehs tamisant une lumière extrêmement chaude : écrin idéal pour les chanteurs, plongeant en plus le spectateur dans l’univers stylisé, fantasmé, des Mille et une nuits. Il n’en fallait pas plus pour faire un beau spectacle avec du beau chant. (26 novembre)

 

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