“Le Petit Prince” de Michaël Levinas enchante le public lillois

Laurent Vilarem 09/12/2014
A sa création, à l’Opéra de Lausanne, Le Petit Prince de Michaël Levinas a suscité éloges et admiration. Réputation amplement justifiée : la reprise à Lille est un éblouissement pour les petits et surtout pour les grands.

L’Opéra de Lille avait choisi de faciliter la venue des enfants de tous âges en affichant des horaires familiaux. Le pari est réussi avec cette représentation du samedi après-midi devant un public résolument éclectique.

Si les enfants découvraient le conte de Saint-Exupéry, les adultes retrouvaient les dessins originaux reconstitués à l’identique sur la scène. L’idéal serait en réalité de venir vierge de ses souvenirs adolescents. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le conte nous déroute d’abord. Le langage résolument contemporain crée un malaise au cours de la longue scène du "Dessine-moi un mouton" qui fait craindre la catastrophe. L’écriture vocale de Levinas faite de refrains faussement populaires et de prosodie décalée, ainsi que l’écriture instrumentale (prestation superbe de bout en bout de l’Orchestre de Picardie dirigé par Arie van Beek) toute en sonorités démantibulées, empêchent la fluidité du conte de Saint-Exupéry. L’oreille ne s’accroche alors qu’à quelques échos de l’Yniold de Pelléas et Mélisande.

Après une très noire scène de la Rose, la magie du spectacle finit pourtant par opérer. En suivant les différents voyages du Petit Prince, Levinas retrouve la structure en sketch de L’Enfant et les Sortilèges, et sa palette instrumentale et électronique, sans renier de son originalité, éblouit par sa luminosité tandis que son écriture vocale gagne en naturel. Il faudrait citer tous les chanteurs dans l’admirable mise en scène de Lilo Baur. On distinguera l’hallucinante apparition d’un boa long de plusieurs mètres ou la bouleversante scène de l’apprivoisement du renard (superbe Rodrigo Ferreira). Mieux qu’une simple illustration, Levinas réussit à parler d’égal à égal avec Saint-Exupéry et à offrir sa propre lecture sonore du conte.

La scène finale de la disparition du Petit Prince (Jeanne Crousaud, qui porte idéalement tout le spectacle) nous ramène au lieu de départ. La narration se perd de nouveau, l’action s’immobilise, on croirait de nouveau dans une pièce symboliste de Maeterlinck. Les enfants qui s’étaient retrouvés dans le récit perdent de nouveau pied, et les adultes ouvrent grand leurs yeux et leurs oreilles pour un dénouement d’un désespoir atroce. C’est cette noirceur qui va peut-être empêcher ce formidable ouvrage d’entrer au répertoire mais c’est aussi ce qui en fait le prix et la poignante mélancolie. (6 décembre)

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