Une luthière française au cœur d’El Sistema

10/12/2014
Fanny Reyre-Ménard (L’Atelier du quatuor à Nantes) a été l’invitée d’El Sistema au Venezuela pour sensibiliser les enfants à la lutherie et former les luthiers qui œuvrent pour l’organisation. Elle nous fait part de ses impressions.
El Sistema m’avait concocté un programme dense : le matin, je donnais des cours aux 27 luthiers qui travaillent pour El Sistema et l’après-midi, je visitais des nucleos (les écoles de musique El Sistema) en faisant à chaque fois une intervention auprès des enfants d’un des orchestres pour leur parler de la lutherie. J’ai eu aussi l’occasion de visiter le “centre social”, véritable quartier général de la Fondacion Musicale Simon Bolivar qui porte le projet : magnifique bâtiment contemporain qui accueille à la fois une partie conservatoire, avec une très belle salle de concert, le centre vidéo et les archives maison (toutes les productions sont filmées), et une partie du pôle administratif. J’ai même entendu Gustavo Dudamel qui était là pour une semaine afin d’enregistrer un programme Wagner avec l’orchestre pro de la maison, l’orchestre Simon-Bolivar.
J’ai donc été immergée complètement dans le monde d’El Sistema qui est un pays en soi. Les nucleos (dont l’entrée, fermée par une grille, est toujours gardée de près) sont des lieux préservés où grouillent musique et musiciens de toute taille (il y a beaucoup de programmes pour les enfants dès la maternelle) qui semblent vraiment heureux et complètement chez eux : cela fait penser aux enfants de nos classes à horaires aménagés, mais ceux-là sont dans le nucleos cinq ou six après-midi par semaine ! Au-delà de la musique, il y a toute une ambition d’éducation sociale : l’atmosphère est chaleureuse, mais on sent un vrai respect des enfants pour les adultes (et vice versa), même si ce sont des vrais enfants qui chahutent, rigolent, courent dans les couloirs et s’asseyent sur les étuis des instruments !
Bref, j’ai été subjuguée par l’ensemble : rien de paradisiaque mais une immense volonté du fondateur José Abreu, qui s’appuie sur une équipe administrative qui semble très efficace : c’est nécessaire quand on gère 330 nucleos qui accueillent 500 000 enfants et qu’on emploie 12 000 personnes. Tout cela pour la musique de manière presque obsessionnelle !
A ce jour, les instruments sont les parents pauvres du projet et ma mission va être modestement d’essayer d’améliorer les choses, en tout cas pour les cordes frottées.
A priori, si le pays ne sombre pas dans le chaos (comme le craint l’ambassade de France, très alarmiste sur la situation sociale et politique), nous y retournerons en mai. Affaire à suivre, donc…
Fanny Reyre-Ménard
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