Les révélations classiques de l’Adami aux Bouffes-du-Nord

Suzanne Gervais 13/01/2015
Depuis bientôt vingt ans, l’Adami présente ses "Révélations classiques" lors d’un concert annuel, accueilli cette année au théâtre des Bouffes-du-Nord (Paris 10e). Les huit jeunes musiciens ont transmis au public la flamme et la vigueur de leurs interprétations respectives.

La soirée fut l’occasion, côté instrumentiste, de découvrir le jeu et la présence de la violoniste Irène Duval. Technique irréprochable, elle brille dans le deuxième mouvement, "Blues", de la Sonate n°2 de Ravel, aux sonorités étonnantes. Glissandi, pizzicati (qui évoquent le banjo), rythmes syncopés, accentuation de la fameuse "blue note" sont interprétés avec un style de jazzman aguerri. L’esprit du blues y est, une certaine ironie aussi : c’est un pastiche! Elle enchaîne avec le final, très baroque, de la Sonate n°4 d’Isaye, aux allures de caprice. Le tempo est stupéfiant. Irène Duval joue avec une agilité et une évidence qui marquent. Très inspiré, Olivier Stankiewicz a ému avec la Première Romance pour hautbois de Schumann, portée par une très grande musicalité.

Guillaume Sigier, piano, accompagne les musiciens en bon chambriste, avant d’interpréter, seul, les Klavierstücke n°1 et n°2, op. 118, de Brahms. Dans le second, Andante teneramente (tendrement), il exalte, avec une belle clarté, l’immense tendresse de cet opus dédié à Clara Schumann... Un mot de Yan Levionnois, que nous avions déjà applaudi dans le Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, salle Gaveau, en septembre. Il joue deux pièces très différentes: le Pezzo capriccioso de Tchaïkovski - très brillant - et la sobre Sarabande de la Quatrième Suite de Bach. La partition demande davantage de maturité, mais le violoncelliste la sert avec élégance et une sonorité très pure. On reconnait là le travail mené avec Marc Coppey, l’un de ses professeur.

Côté chanteurs, on retient la prestation de la mezzo Eve-Maud Hubeaux. Comédienne, elle endosse avec justesse des rôles contraires : une Rosine mutine dans le duo avec Figaro du Barbier de Séville de Rossini, puis une Sapho poignante dans le fameux "O ma lyre immortelle..." de Gounod, servi par l’expressivité d’une voix puissante. La soprano Armelle Khourdoïan, vocalise avec une grande aisance et tout en nuances dans l’air de Titania, extrait du Mignon d’Ambroise Thomas. Un petit peu tendue dans le célébrissime "Una furtiva lagrima" de L’Elixir d’amour de Donizetti, la voix du ténor Rémy Mathieu, au timbre coloré, s’épanouit davantage dans Gluck puis Offenbach. La diction de Mathieu Gardon, baryton, est impeccable dans "Mein Sehnen, mein Wähnen", extrait de Die tote Stadt de Korngold, un air difficile.

Une belle soirée qui a révélé des artistes prometteurs. (12 janvier)

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