Les Fêtes vénitiennes de Campra salle Favart, un jeu d’amour et de hasard

Guillaume Decalf 27/01/2015
Après une Platée “fashion week” l’an passé, les Arts florissants et William Christie retrouvent le metteur en scène Robert Carsen dans une nouvelle production des Fêtes vénitiennes

Rares sont les opéras qui furent aussi populaires en leur temps que ces Fêtes vénitiennes. Créée en juin 1710, l’œuvre est reprise plus de 300 fois jusqu’en 1760, avec de nombreuses variations. Ajouts, suppressions, substitutions : les entrées qui composent l’opéra changent au fil du du temps et s’adaptent au goût des spectateurs. Cette nouvelle production présente, en plus du Prologue original, trois des neuf entrées connues : "Le Bal ou le Maître à danser" (entrée absente à la création, mais ajoutée dès 1710), "Les Sérénades et les Joueurs" (présente à la création), et" L’Opéra ou le Maître à chanter" (ajoutée en 1710).

Trois entrées, trois histoires pour un seul fil conducteur : Venise. La cité des Doges est un fantasme où se succèdent les images de gondoles, d’amour, de carnaval, de masques, de fête, de mystère, de badinage et d’inversion des rôles. Robert Carsen utilise ces images les unes après les autres, en souligne la légèreté, et y incorpore les traits distinctifs de son travail : le rouge brillant de la passion, le caractère androgyne des personnages, les miroirs... On regrettera peut-être que cette mise en scène soit plus attendue, moins surprenante que celle de Platée, ainsi que les décors à double face qui opposent assez simplement intérieur et extérieur. Le résultat n’en reste pas moins efficace, et Robert Carsen tire parfaitement parti des scènes de ballet.

L’importance du plateau impose exceptionnellement à William Christie de délaisser la basse continue, mais le chef n’en apporte que plus d’attention à chaque élément. Le chef livre un Campra définitivement sorti du 17e siècle lullyste, à la fois souple dans les airs légers et nerveux dans les scènes plus dynamiques.

Christie accorde une importance particulière à la déclamation, particulièrement bien servie par ses chanteurs. On remarquera particulièrement Marc Mauillon, qui excelle tant en Alamir/Doge de Venise, qu’en Borée déclamant ses vers suspendu à dix mètres du sol. Le baryton campe magnifiquement l’amoureux passionné, prêt à toutes les passions pour garder le cœur de sa bien-aimée, quitte à se faire dieu du vent pour la ravir. On note aussi une Emmanuelle de Negri vocalement parfaite dans son duo avec Emilie Renard dans Les Sérénades et les Joueurs. Les deux sopranos rivalisent d’expression pour incarner l’amante outragée.

Finalement, Les Fêtes vénitiennes n’ont d’autre prétention que de divertir leur public. En les ressuscitant, Chrisitie ne cache pas la pauvreté du livret mais sait tirer le meilleur parti de la musique, et certains airs nous transportent littéralement. (26 janvier)

Après Paris, les Fêtes vénitiennes tourneront :
Théâtre de Caen : 1er et 2 avril 2015
Théâtre du Capitole de Toulouse : 23, 25, 26, 28 février 2016
Brooklyn Academy of Music, New York : 13, 14, 16, 17 avril 2016

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