Une création d’Esteban Benzecry s’impose au festival Présences

Laurent Vilarem 23/02/2015
Le second concert de l’Orchestre national de France au festival Présences à Paris consacre le compositeur d’origine argentine Esteban Benzecry, un orchestrateur d’exception.

Après un premier rendez-vous décevant (lire ici), l’Orchestre national de France proposait un nouveau programme consacré à la musique contemporaine des deux Amériques.

Commençons par la création de Madre Tierra du Franco-Argentin Esteban Benzecry. La double nationalité du compositeur entre ici pleinement en jeu car il s’inscrit dans la tradition orchestrale française la plus métissée, celles de Jean-Louis Florentz et Qigang Chen, avec un art des sonorités exotiques qui laissent pantois. En une vingtaine de minutes, Benzecry tisse une hallucinante toile orchestrale à la fois luxuriante dans ses timbres, surprenante dans son déroulement poétique (un hommage au Prélude à l’Or du Rhin de Wagner y passe), où brille une imagination sonore de tous les instants. Davantage que dans ses Rituels amérindiens (joués pour la clôture de Présences), Benzecry atteint ici à une forme de "folklore imaginaire", délaissant des emprunts trop marqués à ses grands ancêtres continentaux comme Revueltas ou Ginastera.

Changement radical d’atmosphère avec la deuxième pièce au programme. Les Neruda Songs de Peter Lieberson s’offrent avant tout comme un mémorial amoureux offert à la voix de la femme de Lieberson, la regrettée Lorraine Hunt (1954-2006). Si les premières mesures font craindre un langage passéiste dans une orchestration raffinée, ce cycle de cinq mélodies atteint une émotion universelle, grâce à la prestation équilibrée de la mezzo-soprano américaine Kelley O’Connor.

Les deux dernières œuvres au programme s’enchaînaient judicieusement, puisque la célèbre Unanswered Question de 1906 de Charles Ives (dont les nappes sonores et la disposition scénique préfigurent furieusement les œuvres de Stockhausen !) est textuellement citée dans On the Transmigration of Souls de John Adams. En dépit de sa solennité, il est difficile de comprendre pourquoi cette cantate – créée en 2002 en hommage aux victimes du 11 Septembre – n’avait encore jamais été donnée en France, tant elle se hisse au niveau des circonstances exceptionnelles de sa composition. Pour bande, chœur et chœur d’enfants (ici, le Chœur et la Maîtrise de Radio France), l’œuvre atteint une grandeur saisissante, d’autant que le chef costaricain Giancarlo Guerrero, limpide et engagé, transcende un Orchestre national de France des grands jours.

Avec quatre œuvres qui sont autant de réussites, le vent de la création a généreusement soufflé dans le nouvel auditorium de Radio France ! (19 février)

 

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