Hommage à Aldo Ciccolini

Pascal Le Corre 24/02/2015
Le doyen des pianistes nous a quittés le 1er février ; Pascal Le Corre, auteur d’un livre d’entretiens avec le maître intitulé “Je suis un lirico spinto”, lui rend hommage.

Avec la disparition d’Aldo Ciccolini (1925-2015), c’est non seulement un grand pianiste qui s’éteint, mais une certaine époque musicale qui disparaît.
Aldo Ciccolini a joué pendant plus de quatre-vingts ans sur les cinq continents, carrière caractérisée par une connaissance encyclopédique du répertoire alliée à une curiosité insatiable pour des compositeurs à découvrir ou à redécouvrir (Séverac, Satie, d’Indy, Janacek, Massenet, Castelnuovo-Tedesco…). C’est à Naples, où il était né en 1925, qu’il donne son premier concert à l’âge de 8 ans ; et le dernier à Lucques sur le piano de Puccini en novembre 2014, à l’âge 89 ans. Il laisse un héritage discographique de plus d’une centaine d’enregistrements (essentiellement chez EMI – 56 CD –, mais aussi chez Cascavelle, Phoenix, Dolce Volta).
Aldo Ciccolini a joué sous la baguette des plus grands chefs (Furtwängler, Munch, Monteux, Désormières, Prêtre, Cluytens, Baudo…) et a été le partenaire privilégié de musiciens et d’acteurs d’exception (Schwarzkopf, Gedda, Thibaud, Szering, Tortelier, Pierre Fresnay…).
Sa vision de l’artiste interprète était aux antipodes du star-system auquel certains interprètes contemporains sacrifient parfois : « En tant qu’artiste interprète, je ne crée rien, je transmets. Nous ne sommes que des serviteurs ayant pour mission d’offrir de la musique au public. »
Son jeu sobre, au plus proche des indications du compositeur, sans affectation ni sensiblerie, était animé d’une pulsation immuable et d’un sens du phrasé et du rubato profondément émouvant, issu de sa passion pour l’Opéra. « Je suis un lirico spinto », aimait-il à se définir. Ces qualités musicales firent de lui, légitimement, un des grands ambassadeurs du répertoire français auquel l’avait initié Marguerite Long à son arrivée à Paris où il remporta en 1949 le premier prix du célèbre concours éponyme.
Evoquer la mémoire d’Aldo Ciccolini, c’est rendre hommage à un homme profondément généreux, humble, curieux, animé d’un désir insatiable de transmission. Héritier d’une tradition issue directement du 19e siècle (il étudie à Naples, sa ville natale, avec Paolo Denza, disciple de Busoni lui-même élève de Liszt), il prend en 1972 la nationalité française (« Je suis né une seconde fois en France ») et devient professeur au Conservatoire de Paris, transmettant aux jeunes générations sa quête « de perfection qui dépasse tout artiste et l’anime ». Convaincu que « la musique est un moyen magnifique de connaissance de soi », il révélera des personnalités pianistiques aussi riches et variées que Jean-Yves Thibaudet, Marie-Josèphe Jude, Nicholas Angelich, Yves Henry, Akiko Ebi, David Selig, Hervé Sellin, Gery Moutier.
Il laissera dans le cœur de ses élèves et de son public le souvenir d’un maître intemporel, pour qui la musique était « une prière pour une église sans dieu ».

 

On trouvera dans la revue PIANO, les articles suivant relatifs à Aldo Ciccolini :

Aldo Ciccolini, un art de l’exigence (PIANO 15)
L’art d’Aldo Ciccolini : le respect rigoureux du texte (PIANO 15)
Aldo Ciccolini, l’exigence de la musique (PIANO 8)
Aldo Ciccolini, président du jury du Concours Marguerite-Long (PIANO 21)

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