Beethoven, de l’Urtext à l’analyse

Alain Pâris 18/03/2015
L’infatigable Jonathan Del Mar poursuit son édition des œuvres de Beethoven chez Bärenreiter avec le Quatrième Concerto pour piano.
L’absence de manuscrit original complique la tâche des musicologues dont la source principale est une partition copiée en 1807 corrigée par Beethoven et qui a servi de base à la première édition. On possède aussi les parties manuscrites d’un intéressant arrangement pour piano et quintette à cordes qui permettent de lever certains doutes.
Mais en réalité, il n’y a pas vraiment de problèmes fondamentaux. Le texte est fixé, c’est la manière de le jouer qui peut varier. Principalement en ce qui concerne les points, fameux dilemme chez Beethoven, car on sait maintenant qu’il faisait une différence entre le point, généralement utilisé sous la liaison comme louré, et le Striche vertical qui implique un véritable staccato. De même, la position des diminuendos sur la note a souvent créé des confusions, au point de les voir considérés systématiquement comme des accents dans certains Urtext antérieurs. Ces deux angles d’approche qui sont traités avec beaucoup de soin peuvent changer considérablement le style, en l’allégeant et en diversifiant les attaques. Dès la première mesure (qui rétablit le staccato sur les trois dernières croches) on est plongé dans un autre univers. Adieu le Beetoven pâteux figé dans la tradition germanique néo-dixneuviémiste. On trouvera un travail analogue chez Breitkopf grâce à Christoph Rudolf Riedel qui avait édité en 2007 les ouvertures de Fidelio et de Léonore III maintenant disponibles en partitions de poche.
Au-delà des notes, la collection “Les cahiers d’analyse musicale” (Gérard Billaudot) vient de s’enrichir d’un volume signé Anthony Girard, Le Langage musical de Beethoven dans la “Grande Fugue”. Plus qu’une stricte analyse, il s’agit d’un véritable guide dans ce qui, selon Girard, n’est pas un labyrinthe musical mais une œuvre qui nous fascine. Et il est vrai que la complexité de l’ultime chef-d’œuvre beethovénien mérite un peu de réflexion avant de se plonger dans une tentative d’exécution. La grande qualité de ce texte est de parler en termes simples de choses riches et parfois complexes tout en guidant le lecteur dans l’univers des dernières œuvres de Beethoven. Oubliées les analyses anciennes de certains de nos aînés, trop savants pour l’immense majorité d’entre nous.
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