Quelle orientation après le conservatoire ?

Claire Barrois 08/04/2015
Difficile pour le professeur de proposer aux grands élèves devenus bons amateurs qui ont terminé leur scolarité au conservatoire une solution pour poursuivre leur pratique musicale. Pourtant, les possibilités sont nombreuses.
Musique de chambre, orchestre, cycle adulte… Les voies de la pratique musicale en amateur après le conservatoire sont variées. Encore faut-il les connaître.

Une démarche active

Alors que l’élève de conservatoire a été guidé durant toute sa scolarité vers des pratiques collectives plus ou moins obligatoires comme la chorale, la musique de chambre ou l’orchestre en fonction de son niveau, une fois son parcours terminé, il entame souvent une réflexion sur ses envies et diversifie sa pratique. Nombreux sont les musiciens amateurs qui exploitent alors d’autres facettes de la musique.
Ainsi, Mathieu, 23 ans, a étudié dans les conservatoires de Houilles et de Sartrouville : éveil musical puis violoncelle à partir de 6 ans jusqu’au 3e cycle. Il a quitté le conservatoire (où il ne suivait plus que des cours particuliers) à 19 ans. Aujourd’hui, violoncelliste amateur et étudiant en langues, il a rejoint, à la sortie du lycée, un groupe de rock composé d’amis puis des orchestres amateurs. « Plutôt que de m’inscrire dans des conservatoires qui sont souvent trop chers quand on est étudiant, j’ai pensé que j’avais le niveau suffisant pour jouer dans des orchestres amateurs ou des groupes pop, remarque-t-il. Répéter toutes les semaines et continuer à travailler pour être au niveau permet d’avoir un objectif et des exigences fixes, et surtout de ne pas abandonner la musique. »
« Comme je vis souvent à l’étranger, en arrivant dans un pays, je commence par éplucher les petites annonces ou consulter les groupes de musiciens sur les réseaux sociaux, confie le violoncelliste. Cela me permet de continuer la musique sans forcément m’engager à long terme. Au fur et à mesure, je gagne en expérience et il devient très facile pour moi de rejoindre un projet. Dans le rock, les répétitions sont plus flexibles : on peut ne pas se voir certaines semaines ou au contraire avoir des sessions intensives et cela s’accorde bien avec la vie étudiante. »
Une flexibilité qui a aussi convaincu Thibault, 25 ans, corniste amateur et ingénieur, de créer une banda avec des amis pendant ses études. Il a commencé le cor à l’âge de 7 ans au conservatoire de Chartres et a arrêté les cours réguliers après son bac. « Répéter environ cinq fois par an un répertoire accessible et très festif pour passer des moments tant amicaux que musicaux m’a poussé à garder une place pour la musique dans mon emploi du temps chargé, se souvient-il. J’ai continué un temps l’harmonie de Chartres alors que j’étudiais à Paris, mais les répétitions hebdomadaires étaient trop contraignantes, donc j’ai fini par arrêter. En revanche, la banda reste aujourd’hui le moyen de garder un contact avec le cor. »
Cette nouvelle pratique musicale, plus volontariste, entraîne une vraie réflexion sur les attentes des musiciens. Outre la fréquence de la pratique, cela permet d’apprendre à jouer différemment. « La plupart des chansons de rock sont composées de quatre accords pour le couplet et quatre accords pour le refrain qu’on apprend rapidement par cœur sans difficultés, constate Mathieu. Après toutes les étapes de sonorisation et vu le volume de diffusion, le jeu a moins d’importance que le spectacle, ce qui modifie considérablement mon jeu, qui se libère et me stresse moins. On doit jouer fort pour se faire entendre par-dessus tous les autres instruments et se défouler est recommandé. » Si la réflexion pousse l’élève à poursuivre son activité musicale en privilégiant la musique classique, il est aisé de l’orienter.

Les orchestres universitaires et amateurs

De plus en plus répandus, les orchestres universitaires et ceux des grandes écoles, de tous les niveaux et situés dans toute la France, permettent aux étudiants de garder contact avec la musique et souvent d’y rester bien après la fin de leurs études.
Ensembles d’excellence, Chœur et Orchestre Sorbonne Universités ou encore le Coge (Chœur et Orchestre des grandes écoles) font figure de chefs de file des orchestres universitaires parisiens répartis sur l’ensemble des facultés. Sans parler de l’Orchestre de la Cité universitaire. En dehors de la capitale, Lille, Toulouse, Caen ou Tours ne sont pas en reste.
Il suffit à l’étudiant de regarder le programme culturel de l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel il s’est inscrit ainsi que la liste des associations pour trouver un ensemble où s’inscrire. S’il n’y a pas d’orchestre dans sa fac et qu’il étudie dans une ville à forte densité étudiante, il y a fort à parier qu’un orchestre se cache dans une UFR (unité de formation et de recherche) autre que la sienne.
Ces orchestres sont souvent dirigés par des chefs professionnels qui proposent un programme intéressant et savent amener des jeunes d’horizons et de niveaux différents à interpréter des œuvres parfois peu abordées par les amateurs. Quant aux orchestres amateurs, ils fleurissent çà et là pour proposer une pratique culturelle aux adultes souvent en mal de pratique musicale. Pour trouver ces ensembles, il faut souvent un peu de chance : Internet est d’un grand secours, mais le plus simple est de se rendre dans sa mairie ou dans un forum des associations où ils sont normalement répertoriés. Si l’élève s’angoisse un peu à l’idée de passer les auditions, courantes notamment chez les vents, il faut le rassurer : elles servent plus à voir s’il sera capable de s’intégrer dans l’orchestre qu’à faire un examen poussé de sa technique et de sa musicalité.

Les conservatoires, de plus en plus nombreux à faire une place aux adultes

Catherine Baubin, directrice du CRC de Rezé, est également présidente de Conservatoires de France, une association professionnelle de directeurs d’établissements d’enseignement artistique qui milite pour une large ouverture des établissements.
« Les amateurs ont une fâcheuse tendance à penser que faire de la musique c’est prendre des cours, estime-t-elle. Beaucoup d’adultes frappent à la porte des écoles de musique dans ce but, mais, contrairement aux enfants, ils sont susceptibles de rester des années et donc “prennent” des places, ce qui pose problème aux établissements. » Pour la directrice du conservatoire de Rezé, l’intégration des adultes ne passe pas forcément par les cours individuels. « On peut recevoir des adultes auxquels on ne donne pas de cours, mais à qui on propose une intégration dans les ensembles. » Elle poursuit : « L’élève qui a son diplôme terminal ne doit plus chercher à prendre des cours et doit être conscient de son niveau. » Pour ce faire, au sein de l’association Conservatoires de France, Catherine Baubin et ses collègues réfléchissent à une modification de l’enseignement de la musique classique pour que les élèves soient plus autonomes, en prenant exemple sur les musiques actuelles où l’élève apprend très vite à se débrouiller avec son instrument.
La directrice du conservatoire estime qu’il « n’est pas facile d’orienter les élèves. Pour les vents, il y a pas mal d’harmonies et de fanfares, mais on ne trouve pas assez d’ensembles d’amateurs encadrés par des musiciens professionnels, comme cela existe pour le chant choral par exemple. »
Conservatoires de France milite pour l’intégration des adultes dans les écoles de musique. « Je crois que nos établissements doivent être ouverts à tout le monde, assure la présidente de l’association. Dans les ensembles, le mélange des générations donne des résultats formidables. Dans mon conservatoire, environ 10 % de l’effectif est composé d’adultes, mais, dans la plupart des conservatoires, ils sont souvent une variable d’ajustement, un public que l’on accepte quand il reste de la place. » Si les quotas d’adultes sont rares dans les conservatoires et que la place n’est pas garantie, les grands amateurs peuvent tout de même se tourner vers eux pour poursuivre leur apprentissage, de manière individuelle ou en groupe. C’est à eux d’adapter leurs attentes et de changer de rapport avec l’institution.

Les réseaux sociaux

Quelques sites permettent, grâce à la géolocalisation et à quelques critères indiqués par l’utilisateur, de trouver des musiciens près de chez soi avec lesquels partager sa passion. Une aubaine pour les amateurs.
Parmi eux, le réseau social le plus fréquenté est aussi le plus ancien. Mupiz.com, créé en 2010 par deux Français, s’adresse à toutes sortes de musiciens. Ils sont d’ailleurs plus de 30 000 à s’être inscrits. Mais, les musiciens classiques n’étant pas majoritaires, il est difficile, par exemple, pour un violoniste d’entrer dans un projet autre que celui d’un groupe de rock.
Petit nouveau sur le marché, Pompompompom.com s’adresse uniquement aux musiciens et aux ensembles classiques pour leur permettre de monter des projets. Le site a été lancé en octobre 2014 par Françoise Saignes, ancienne documentaliste juridique et chanteuse lyrique amateur depuis plus de vingt ans, qui se consacre désormais à la gestion du site.
« Pour créer ce site, je suis partie de mon expérience de chanteuse, explique-t-elle. Chanteuse lyrique insérée dans le milieu de l’opérette amateur, je me suis rendu compte qu’à chaque fois que je voulais monter un projet je me tournais vers mon réseau, qui commençait à être important, mais n’était jamais suffisant. » Françoise a donc imaginé un outil global qui permet de trouver des orchestres, ensembles, partitions, salles, stages…
« Sur le site, on trouve tout ce dont on a besoin pour monter un projet avec les préoccupations des amateurs dans la musique classique, se félicite la chanteuse. Pour s’inscrire, il faut remplir son profil de “pomte” avec ses centres d’intérêt : instrument, formations, époque musicale, compositeurs. On est “géolocalisé” pour apparaître automatiquement sur le mur des personnes du département. » Plus le profil est précis, plus il est facile de trouver des personnes en adéquation avec nos attentes.
« Les ensembles peuvent créer une page et promouvoir leurs activités, ajoute Françoise. Le site offre la possibilité de parler des concerts, classes de maître et scènes ouvertes. On peut aussi créer des pages pour les lieux où répéter ou pour se produire. »
La chanteuse envisage son site comme un espace regroupant tous les services nécessaires au musicien amateur pour faire évoluer sa pratique où bon lui semble. « Le site permet aussi aux petites écoles de musique de décliner tout ce qu’elles proposent et d’atteindre des musiciens qui ne se situent pas très loin géographiquement, mais qui ignoraient leur existence. »
Selon la gérante du site, « un professeur peut créer son profil pour montrer ce qu’il fait, où il travaille, et peut inciter ses élèves à s’en servir pour garder le contact après leur départ de sa classe ». Ainsi, les réseaux sociaux musicaux permettent aux amateurs d’avoir accès à de nombreuses possibilités et de se créer un environnement de musiciens pour ensuite jouer ce dont ils ont envie.
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