Grands Amateurs, l’anti-concours…

La faculté parisienne d’Assas a accueilli, le 15 mars, la finale du 26e concours des Grands Amateurs de piano.
Cette année encore, le concours a été fidèle à l’esprit que son président, Gérard Bekerman, veut insuffler : « Vous ne trouverez ni adversaires, ni concurrents, ni juges, mais des amis de la musique. »

Olivier Korber (trader à la Société générale, France) débute la finale avec la Sonate n° 3 de Prokofiev dans laquelle on est sensible aux parties lyriques. La Rhapsodie espagnole de Liszt ne manque pas de panache bien que ses difficultés techniques semblent avoir parfois raison du pianiste (4e prix ex aequo).

Johannes Gaetcher (programmeur Internet, Allemagne) a le grand mérite d’avoir consacré son programme à six des Mélodies oubliées op. 38 de Nicolas Medtner. Avec une belle projection du son et des dosages subtils, le pianiste livre magnifiquement les aspects tour à tour mélancoliques ou brillants du cycle admirable (4e prix ex aequo).

Eric Rouach (agent immobilier, Israël) fait grande impression dans la Sonate de Liszt qu’il mène de bout en bout comme une exaltante épopée philosophique. Technique éprouvée, avec notamment une science des octaves impressionnante, respirations judicieuses, engagement sans faille, tout concourt au fervent accueil du public (3e prix, prix de la presse, prix du public ex aequo).

Michaël Slavin (ophtalmologiste, Etats-Unis) nous a littéralement enthousiasmés par ses visions ravéliennes de premier ordre. Sous ses doigts, Le Tombeau de Couperin se déploie avec une souplesse, une éloquence inouïes. Son soyeux, timbrages oniriques, rondeur et clarté, tempos idéaux pour chaque pièce, vrai legato chantant, jamais perturbé par une hyperarticulation digitale, pédalisation réfléchie et efficace, rien ne vient troubler les liquidités du style et la vision quasiment picturale qu’il nous donne de l’œuvre (1er prix ex aequo).

Samuel Bach (doctorant en mathématique, géométrie algébrique dérivée, France) est le premier à jouer Sonate n° 1 (D 959) de Schubert, en vingt-six ans de concours. Il nous livre un Schubert d’une grande densité, ingénu (ce qui lui sied très bien), inquiet, visionnaire avec comme souci permanent ce beau chant qui est l’essence même du compositeur et ces tempos de promenades, ceux du “Wanderer”… Tout au plus, un grain de folie plus affirmée n’aurait pas nui à l’hallucinant et hoffmannien passage central de l’Andantino (1er prix ex aequo, prix du public ex aequo).

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