Einav Yarden, une pianiste au Goethe Institut

Pour l’avant-dernier concert de la Saison Blüthner, l’institut culturel allemand à Paris avait invité la pianiste israélienne, lauréate du concours Beethoven de Bonn.

Direct, incisif, constamment intelligible, ce piano-là fait merveille d’emblée dans deux œuvres de Haydn (Hob. XVI 24 et 31), s’amusant avec grâce, élégance, d’une écriture spirituelle à l’expressivité très ornée - frictions savoureuses, imitations en canons, trilles acérés, batteries bondissantes, sextolets en cascades. D’une ferme concentration de pensée, clair de lignes, dépouillé de chichis, l’Allegretto central de la Sonate en mi majeur, de facture quasi baroque, sonne pur et beau comme du Bach. En l’espace de ces quelques pages, conçues de manière organique en dessinant des arches longues, l’ancienne élève de Léon Fleischer révèle sa nature : un respect absolu des valeurs et des figures rythmiques, une intelligence aiguë des phrasés, conduits toujours à leur terme, une compréhension de la forme, un agencement rigoureux des plans, un souci des timbres, de la sonorité, des pédales précises, une attention portée d’instinct à l’enveloppe globale plus qu’à la digitalité per se, pourtant impeccable, qui lui offrent de communiquer le sens profond d’un ouvrage avec une autorité magistrale et sereine.

La Sonate en sol majeur de Schubert (D.894) en recueille tous les fruits. Tirant du clavier des couleurs qu’on ne lui soupçonnait pas encore, respirant sans crainte du silence, mue par une pulsation vivante (à l’image de l’arbre de Liszt, dont les feuilles ondoient sous l’effet du vent sans que sa base ne vacille), la musicienne déploie un éventail de motifs, et en renouvelle constamment l’éclairage à mesure qu’elle nous les remémore ; l’altération du discours, climat et psychologie, étant induite ici, peu à peu, par les modulations du texte lui-même, par l’harmonie et non par un artifice du jeu.

Vivement acclamée, Yarden chante Widmung d’un même élan spontané, par déferlement de vagues successives. Pris sotto voce avec une pudeur exquise, le thème transcrit par Liszt du célèbre lied de Schumann se gorge à chaque itération de résonances neuves, enfle et s’anime jusqu’à la déclamation passionnée, soutenu par sa dentelle d’arpèges, les inflexions du poème de Rückert que l’on croirait presque entendre. Réjouissant programme, que refermèrent les syncopes argentines, décalées et plaisantes du Tango de Stravinsky (7 avril).

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