“Jules César” reste en rade à Toulon

On est venu, on a vu, on a été tout sauf convaincu par cette nouvelle production du Jules César de Haendel audacieusement proposée par l’Opéra de Toulon, didactiquement dirigée par Rinaldo Alessandrini, mais consciencieusement sabordée par la mise en scène de Frédéric Andrau.

Baroqueux éminent mais pas intégriste, Rinaldo Alessandrini avait accepté ce projet de production avec l’orchestre "moderne" de l’Opéra de Toulon à deux conditions : que les rôles de César et Ptolémée soient chantés par des femmes plutôt que des contre-ténors et que le continuo soit sur instruments baroques. Ainsi fut-il heureusement fait, et le maestro s’est attaché à amener l’orchestre vers une articulation baroque. Sa direction est toute en inflexions et attentions pour ses "impétrants", bien plus en fait que pour son familier Concerto italiano avec lequel on l’avait trouvé un peu raide dans Le Couronnement de Poppée en juin dernier à Garnier. Quoique la couleur des instruments modernes reste ce qu’elle est et quoiqu’il y ait nécessairement des scories, le résultat est séduisant et il en ressort des déplorations ou crépitements haendéliens véritablement de très bonne facture.

Las, sur le plateau, c’est à l’inverse le naufrage d’une farce vulgaire, entre guignol érotico-antique et remake boulevardier d’Astérix et Cléopâtre, où la tête tranchée de Ptolémée arrive comme un rôti mal cuit dans un pique-nique des sables, et l’insondable affliction de Cornélia comme un cheveu sur cette mauvaise soupe. C’est le drame sans trame. Loin d’un décapage révélateur d’ironie ou d’une quelconque face cachée, l’œuvre est déshabillée gratuitement sans véritable propos, et il n’en reste qu’une juxtaposition de scénettes pas très bien réglées sur les tribulations délibérément grotesques d’un César, chef d’une bande de saltimbanques lubriques.

Au malheureux diapason de la mise en scène, Sonia Prina campe à outrance ce César de tréteaux. La voix plus que fatiguée n’arrange rien et tout est débité, hoqueté dans l’artifice plus que véritablement chanté. Sa Cléopâtre (Roberta Invernizzi) oscille vocalement entre commère et reine intrigante, partagée entre le meilleur du da capo de «Piangero» et un «Se pietà» hors sujet. Impression un peu mitigée aussi pour Monica Bacelli en Sextus dont le chant manque ici d’homogénéité, parfois artificiellement appuyé ou grossi. Ricardo Novaro est un Achillas de bonne composition quoiqu’à la voix un peu courte et Daniela Pini fait preuve d’une très belle musicalité en Ptolémée bien qu’à contre-emploi avec son timbre élégant et léger. Teresa Iervolino avec son alto ample et souple nous apporte aussi du réconfort en Cornelia accablée. (7 avril)

 

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